Les moulins des Nièvres

Nos moulins

Coulanges – St Eloi – Varennes-Vauzelles

Texte de Philippe Landry

Coulanges-les-Nevers

Liste des moulins de Coulanges avec la plus ancienne date comme activité

Sénechaud 1309. Villecourt 1317. Moulin du Meulot à Villecourt 1402. Pont-St-Ours : forge 1403, moulin de Péreu (futur Péreuse) 1424 ;  Geuril les Nevers 1429, moulin de Brene 1435, Riot des moulins de Gaïon 1450 ; Origny 1450 (futur La Villette) ; Mauginon-Lévesque 1489. La Grippe XVIe siècle. Moulin de la Pique XVIe siècle. Moulin à papier chemin de Montigny 1637,  La Forge Neuve : 1640 (création) ; Ferblanterie créée en 1665 ; moulin de la Pique 1729 ; Forge de l’Ecorce vers 1730. Foulon des Vernes possible, date inconnue.  Usine de La Pique : créée en 1829 ; Moulin à vent :  1844 ; Guérin au Pont-Patin (à émail) : 1848 ; Pont-Patin : usine à fer créée en 1857 ; Givry (DS 1865) ; moulin Sabot 1869. Bordet, meunier et marchand de farine, Pont-St-Ours : 1869. moulin des Saules autre que Villecourt : 1875. Louis Bouteau, meunier et marchand de farine à Coulanges 1878.

Géographie

L’abondance des eaux de la Nièvre mais aussi la grande quantité de blé produite à Coulanges et alentour a conduit à la création de nombreux moulins, comme on peut le voir ci-dessus. Les noms cités dans la « liste » ont été trouvés dans différents ouvrages .

Sur la commune de Coulanges trois cours d’eau ont animé des moulins :

–  La Nièvre : la plupart des établissements hydrauliques de Coulanges (dont Pont-St-Ours, Forgeneuve, La Villette, Péreuse, Givry…)

– La Pique : Villecourt, Meulot (à ne pas confondre avec celui de ce nom à Montigny), les Saules (mais souvent Meulot et les Saules désignent le même moulin), usine de la Pique, usine du Pont-Patin. Au-dessus de la Pique a fonctionné sur Coulanges un moulin à vent sans doute construit pour moudre en cas de sécheresse privant d’eau les moulins hydraulique.

NB : les deux premiers moulins sur la Pique furent La Beue et Veninges, mais ils étaient sur Varennes-Vauzelles (voir à la fin du présent cahier).

– Le « ruisseau de Meulot » (venant du moulin de Meulot situé à Montigny aux Amognes) : il aura animé à Coulanges le moulin de la Grippe et un moulin à papier. 

Plusieurs moulins de Coulanges ont pulvérisé la matière à faire le vernis à faïence : on les appelait alors des moulins « à faïence » ou « à blanc », ou encore « à émail ».

A diverses reprises je cite le livre de Nicole Demet, « Il était une fois Coulanges-lès-Nevers », publié en 2005 par la Camosine. 

Avant 1800

Nicole Demet évoque les moulins de Coulanges sur les trois cours d’eau :

. Sur la Nièvre :

. « Plusieurs moulins à Pont-St-Ours », dont le « moulin de Brayne » qui en fait était établi dans la partie de ce lieu-dit située sur Urzy.

. « Trois moulins à Origny, un à fouler le drap, un à battre l’écorce, un à écraser le blé. » (dans ce cas je ne compte qu’un moulin ayant trois ateliers) ; il existait en 1450 ; c’est le site du futur grand moulin de la Villette.

. Le moulin de Perreu, foulon ayant appartenu au prieuré St-Sauveur de Nevers, dit aussi « L’Horlogeur », cité dans un acte de 1424. C’est le futur moulin de Péreuse.

. Sur la Pique ou ruisseau des Saules, dans l’ordre au fil de la rivière :

. Un étang dit du Vernay a peut-être animé un foulon au lieu-dit Les Vernes ou chemin des Vernes.

« Le moulin de Villecourt, à la fois semble-t-il foulon et moulin à blé ; il existait en 1317 ; il est parfois désigné par le nom de ses exploitants, Bollacre par exemple en 1593. »

. Le moulin de Meulot : il apparaît « dans un acte de 1402 », Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, c’est un moulin modeste, à une seule roue, à augets. En 1809, il écrase 15 quintaux de blé par jour. Par la suite, il est agrandi et modernisé…

. Un moulin de la Pique existant au XVIe siècle, dont je pense qu’il était peut-être sur l’emplacement de ce qui sera plus tard l’usine métallurgique de La Pique.

. Sur le ruisseau venant de Montigny aux Amognes  :

. Un moulin « Senechaud » en 1309.

. Le moulin de la Grippe : « mentionné dans des baux des XVIe et XVIIe siècles. »

Nicole Demet note qu’on ne peut localiser le « moulin de Genril lès Nevers » cité par de Soultrait. 

Aux Archives Départementales, un vieux dossier indique la création d’un  moulin à papier chemin de Montigny, non loin de Pont-St-Ours, par un imprimeur et libraire de Nevers, en 1637.

Notre ami M. Martinat, actuel propriétaire de Forgeneuve, écrit que cette usine et celle de Pont-St-Ours, alors métallurgiques, furent créées respectivement en 1640 et 1644. Elles vont avoir une belle carrière.

Sur la carte Cassini dressée dans les années 1750, on distingue les moulins de Villecourt ou les Saules ainsi que Meulot.

Dans « Une ville affamée, Nevers sous la Révolution », le général Taverna écrit qu’en 1779 la sécheresse pose des problèmes aux moulins à eau, toutefois un peu suppléés par les moulins à vent : « Il y a des moulins à eau partout sur la Nièvre, le ruisseau de la Passière et celui de la Pique, plus des moulins à vent, très peu employés et mal entretenus ». Il me paraît donc probable que le moulin à vent de Coulanges ait existé à cette époque.

De Soultrait situe un moulin de Givry à Coulanges, alors qu’en général on le recense à Nevers ; comme ce fut un très grand moulin avant sa transformation en usine de canons, il est possible qu’un de ses ateliers ait été sur Coulanges. Sur le plan ci-après, du XIXe siècle, trouvé aux Archives départementales (série S), on  pressent qu’il a pu avoir une voire deux roues, même s’il n’a plus rien.

Coulanges – Givry
Pendant la Révolution de 1789

Selon le dossier 1L244 des Archives Départementales, l’usine du Pont St-Ours est une grande forge à 6 ateliers, mais n’a pas de moulin à grain.

Le hasard fait que le dossier 30231 des Archives municipales de Nevers contient une liste de propriétaires de moulin de Coulanges en l’an IV :

. Boizeau-Deville, faïencier de Nevers, possède le « moulin Grillot » ;

. Blaize Guinot celui de la Villette ;

. Jérôme Lelong le « Moulin Neuf de Villecot » : il s’agit de Villecourt, mais l’appellation « Moulin neuf » implique qu’il y en a eu un autre sur le site géographique de Villecourt.

. La veuve Marie le moulin Meulot ;

. M. Pognon fils le moulin de la Pique.

En l’an 13 (1805), le moulin de la Pique appartient à Jacques Barreau, par ailleurs propriétaire et meunier du moulin du Chapitre à Nevers (Archives Départementales S2861).

Au XIXème siècle

Jusqu’en 1870

Une liste de moulins en 1835.

Elle résulte de l’enquête nationale sur les moulins menée dans les années 1835-36 (Archives Départementales, série M, statistique des moulins).

Fiche de Coulanges 1835

Les forges hydrauliques de la Pique, Forgeneuve et Pont-St-Ours

Sur la Pique

Une grande usine métallurgique naît en 1824, créée par M. Raffin précise Nicole Demet : celle de la Pique, qui utilisera plusieurs roues et une machine à vapeur de 12 cv ; l’un de ses ateliers résulte de la conversion d’un moulin à blé. Elle travaillera les métaux plus de cent ans. Je n’en dis pas plus, le travail du fer échappant à notre étude, sinon un détail peu connu, cité dans un numéro du Marteau-Pilon à partir du Journal d’Emile Zola : en mai 1870, comme il commençait à travailler sur son roman Germinal, Emile Zola cherchait à assister à une grande manifestation ouvrière ; apprenant que des ouvriers grévistes de Fourchambault organisaient des défilés, il vint assister à l’un d’eux, en l’occurrence celui qui les mena à l’usine de La Pique, dont ils tentèrent de convaincre les salariés de se joindre à eux. L’usine de la Pique, qui employa parfois des centaines d’ouvriers jusque dans les années 1960, ne fut jamais reconvertie en moulin, mais fabriqua entre autres des pièces en fonte pour les moulins, en particulier des engrenages  (Ref : La Nièvre Royaume des Forges). 

Le moulin de Pont Patin, juste avant le confluent avec la Nièvre, est construit par Pierre Guérin ; il le déclare « destiné à broyer les émaux » dans une lettre de 1852 ; plus tard il apparaîtra sous le nom « d’usine du Pont Patin ». L’arrêté préfectoral portant son règlement d’eau est du 10 mars 1853 (plan Archives Départementales série S).

Ne pas confondre cet établissement avec l’usine à fer du Pont Patin, autorisée en 1858, qui marche grâce à une machine à vapeur et sans recours à l’hydraulique.

Sur la Nièvre, à l’entrée de Coulanges : Pont-St-Ours puis Forgeneuve

Le dossier S 7047 des Archives départementales évoque les relations entre les deux grandes usines métallurgiques exerçant en 1809, Pont-St-Ours et sa voisine en aval, « le moulin de la Forge » ou Forgeneuve. En 1822 Forgeneuve a 4 roues motrices, et Pont St-Ours 5.

En 1831, le Journal de la Nièvre, alors à ses tout débuts, annonce à vendre « Trois belles usines », dont à Coulanges Pont-St-Ours et Forge-Neuve (la troisième est celle du Gué d’Heuillon à St-Martin d’Heuille). Une grande affiche est diffusée : on y remarque que l’un des ateliers de Forgeneuve contient une « meule ». Le plan de 1826 montre 3 roues, 2 d’environ 10 mètres de diamètre, une de 6.

En 1834 une nouvelle annonce de mise en vente dans Le Journal de la Nièvre décrit l’usine de Forgeneuve comme équipée d’un bief de 1800 mètres, et valant 147 000 F, ce qui est énorme. En 1856, M. Métairie, propriétaire de Forgeneuve demande l’autorisation de maintenir l’usine en activité : il la décrit comme équipée de 3 roues d’une puissance  totale de 40 cv (Journal de la Nièvre, 13 mars). Elle aura poursuivi une honorable carrière jusque vers 1860, grâce à ses grandes roues.

Plan de Forgeneuve

En 1834, précise M. Martinat, les usines métallurgiques de Pont-St-Ours et Forgeneuve emploient ensemble 250 ouvriers. Le livre « La Nièvre Royaume des Forges » contientdeux pages serrées sur chacune de ces usines, avec de belles photos.

En 1856, M. Métairie demande l’autorisation de maintenir Forgeneuve en activité ; il dispose de 3 roues dont la puissance totale est de 40 cv (c’est beaucoup à l’époque).  L’examen du site confirme que 2 des roues ont un diamètre de 10 mètres.

Les moulins à grain le long de la Nièvre

Le moulin de Villette, qui avait un foulon, un atelier « à blanc » (à blé ou à faïence, où on pulvérisait la matière à faire le vernis) est « transformé » en 1815, écrit Nicole Demet. Puis son atelier « à blanc » « travaille peu » en 1845, « et le foulon plus du tout ». La carte de 1822 ci-après le montre nommé « Moulin de Coulanges à M. Levacher » et équipé de 3 roues (Archives Départementales S2861).

En 1836, les exploitants de Pont-St-Ours et Forgeneuve se plaignent que leurs successeurs sur la Nièvre laissent trop refluer les eaux de la rivière jusqu’à leurs usines, ce qui diminue la force de leurs roues. Le préfet ordonne aux deux moulins en aval de revoir leurs installations. Le premier, le moulin de la Villette appartient à la riche famille Laporte, domiciliée à L’Hermitage, alors une considérable demeure. Elle va devoir faire des travaux pour 3 020 F. Le deuxième, le moulin de St-Péreuse, ou Péreuse, appartient à M. Pot de Fer (parfois écrit seulement Pot) ; ce gros propriétaire n’exploitant pas lui même loue le moulin au meunier Litzelmann ; suite à une injonction préfectorale, celui-ci est amené à faire de gros travaux pour 528 F. Le préfet n’en est pas tout à fait satisfait (Archives municipales de Nevers, série O).

En 1840, d’une part existent à Coulanges trois usines à fer (La Pique, Pont-St-Ours et Forgeneuve), d’autre part selon l’enquête nationale (série S des Archives Départementales), Coulanges ne dispose que de 5 moulins à grain : Villette et Péreuse sur la Nièvre, sur la Pique deux « à Villecourt »,  et Meulot, et sur le ruisseau venant de Montigny la Grippe. Notons que le moulin à vent, existant encore, est réputé ne plus fonctionner.

Nous avons pour cette période beaucoup d’informations sur le grand moulin de la Villette. Le dossier S2289 des Archives Départementales indique qu’il a été reconstruit en 1833 ; il contient une lettre du maître charpentier qui expose qu’il a opéré des travaux pour y accueillir des roues (le pluriel étant employé, il y en avait au moins 2), et 4 paires de meules. En 1847 le Journal de la Nièvre annonce à affermer le moulin de la Villette, 4 paires de meules, 3 bluteries, nettoyage, refroidisseur, indicateur de vitesse, une 5ème meule montée à la française. Il a encore 5 paires de meules en 1853.

Le dossier 27J1 des Archives Départementales contient la comptabilité du riche propriétaire de Coulanges Gaston Laporte, lequel possède le moulin de Villette et comme on vient de voir la « ferme du Moulin à vent ». Ce  Moulin de Villette est un grand établissement à plusieurs ateliers, occupant les numéros de plan cadastral 75 et 86. Gaston Laporte l’afferme à un meunier pour un prix très élevé : en 1847, 48 et 49 un fermage de 1 250 F par trimestre, en 1853 5 000F par an (c’est également la somme due par le meunier Cyril Martial en 1854). Accessoirement Laporte loue un local de deux chambres au commis meunier Martin 65 F par mois (cette année-là le moulin est affermé à deux meuniers conjointement, Frédéric Paillet et Joseph Perrin ; on a l’impression d’une grande instabilité). Toutefois le moulin semble décliner puisqu’il n’est plus affermé en 1870 que 4 000 F au meunier Barreau, qui le tenait déjà en 1864.

En 1877, le contrat de bail avec les fermiers Jean-Baptiste et Louis Bouteau, venus de Cosne, décrit le Moulin de la Villette. Doté d’une seule roue, il comprend : 

. d’une part un « moulin à l’anglaise », 4 paires de meules, 3 grandes bluteries, nettoyage, empochoir, indicateur de vitesse, potence, « refroidisseur d’une meule à repasser ».  

. d’autre part un « moulin à la française », sans roue (la roue unique suffit donc à faire tourner les deux ateliers), grande paire de meules

. enfin maison d’habitation, grange et écurie, petite écurie, poulailler et toit à porcs, terres et jardin.

Fermage : 5 000 F par an.

Ce moulin de la Villette fait l’objet de l’arrêté préfectoral portant règlement d’eau du 6 octobre 1855, la propriétaire étant alors la veuve de Gaston Laporte, selon le dossier S2289 des Archives départementales, dont est extrait ce plan.

Villette- Coulanges

Selon ce même dossier, le moulin suivant sur la Nièvre est celui de Pereuse, à Gaspard Pot en 1854, le fermier (sans doute meunier) étant Gillotin. Le moulin de Péreuse, dit aussi Grillot-Péreuse, ne traite plus que le blé depuis le début du XIXe siècle, note Nicole Demet (il a donc auparavant travaillé d’autres matières), cela avec deux paires de meules. Nicole Demet écrit : « En 1840, il est agrandi et modernisé ; il est par la suite dans la famille Gillotin ».

 Il fait l’objet d’un arrêté préfectoral portant règlement d’eau également le 6 octobre 1855 (le plan est de 1854) ; on remarque que le moulin a 2 roues. Le plan montre que le moulin de Péreuse est reconstruit avec beaucoup d’importance : 4 niveaux, dont un dans le toit qui est mansardé (AD, S2289).

Plan du moulin de Péreuse – AD S 2289
Un moulin à blé Forgeneuve

Le dossier des matrices cadastrales indique Lucien Lebas meunier à Forgeneuve dans les années 1866-73 : on peut supposer que Métairie a tenté d’implanter un moulin à grain à Forgeneuve, mais que l’expérience a peu duré (d’autant moins que M. Lucien Lebas a fait faillite).

Un des vestiges de Forgeneuve en 2019
La façade porte encore la marque de sa deuxième roue, plus petite que la première, et en aval de celle-ci.
La fin de la forge de Pont St Ours

1865 : Charles Métairie « augmente » l’usine plan 164, revenu fiscal net annuel 400 F (Archives Départementales 3P088/2). En fait il s’agit de Pont-St-Ours.

Le 4 juin 1869, une annonce dans Le Journal de la Nièvre révèle l’existence d’un établissement bien oublié : le « moulin dit du Sabot », à Pont-St-Ours, est à vendre suite à la faillite de son exploitant M. Bordet, « meunier et marchand de farine » sachant qu’il appartient à M. Métairie. Il s’agit probablement du moulin de Pont-St-Ours, vendu en tant que moulin et non forge le 22 mars 1871 à Guillaume Barreau (voir plus loin). Voici le plan de 1865 figurant dans le dossier de cette vente tel que constitué par le notaire Bouquillard, 3E62/303 des Archives Départementales (il n’indique pas clairement l’emplacement des roues).

Plan de l’usine du Pont St Ours
Sur la Pique

Le même dossier S2289 indique les moulins suivants sur la Pique (dite aussi le « ruisseau de Veninges » (les plans en sont issus) :

– Villecourt : ce moulin apparaît sur un plan mais ne fait pas l’objet d’un règlement d’eau.

Plans de Villecourt et de Saule

Le 8 novembre 1862, Le Journal de la Nièvre annonce à vendre la « propriété de Villecourt » dont un moulin à émail.

– Le moulin Meulot, dit aussi Masson du nom de son propriétaire. C’est un important moulin, à 2 roues. Le dossier S2289 précise que son arrêté préfectoral est du 30 octobre 1855. En 1849, Pierre Masson est propriétaire et meunier du moulin Meulot (Journal de la Nièvre).

Philippe Masson reconstruit son moulin à eau plan 215 en 1857, ayant « démoli » les ateliers précédents en 1854 ; le revenu fiscal net annuel est de 320 F. (3P088/2 des Archives Départementales). Nicole Demet décrit le moulin de Meulot en 1857 : «le bâtiment comporte 4 étages ; deux paires de meules ont été montées selon le système anglais et des bluteries installées. Pierre Masson, le propriétaire, le fait inscrire dans les almanachs et les annuaires sous le nom de Minoterie de la Germine . En 1863, Nevers prélève l’eau du ruisseau, ce qui diminue la puissance de chute ; le fils de Pierre Masson, Philippe, fait alors installer une machine à vapeur de 10 chevaux. ».

Moulin Masson
Un plan en élévation joint au dossier donne une idée de la forme de ce moulin

 Comme en 1836 le moulin à vent du Banlay, à Nevers, appartenait à un M. Masson, je suppose qu’il avait été construit pour suppléer en cas de sécheresse le moulin de Meulot, que d’ailleurs il surplombait. Je préfère proposer la photo de ce moulin ici plutôt que dans le cahier consacré à Nevers.

Moulin à vent du Banlay

Cependant Philippe Masson connaît quelques difficultés. Par exemple l’affaire Bordet : le dossier 3E62/295 notaire Bouquillard des Archives Départementales montre que Bordet, le meunier du Pont-St-Ours, lui a délivré deux « billets à ordre » de 1 000 F chacun (j’ignore en paiement de quel service), mais il fait faillite ; de ce fait 2 000 F manquent dans la caisse de Philippe Masson, qui par ailleurs semble avoir du mal à finir de payer les réparations et modernisations (par exemple achat de la machine à vapeur) qu’il a réalisées à son moulin de Meulot. C’est ainsi qu’en février 1870 sa famille et lui contractent un emprunt de 6 000 F à rembourser en 4 ans, le moulin servant de garantie, indique le dossier Bouquillard 3E/62/298 (ce dernier précise que Philippe possède le moulin de Meulot par héritage depuis son aïeule paternelle Mme Bûcheron).

Billet à ordre Bordet

– Le moulin des Saules : doté de deux roues, une intérieure et une extérieure au bâtiment, il appartient à M. Létang, le grand faïencier de Nevers : le moulin doit donc pulvériser la matière à faire le vernis de la faïence. L’arrêté préfectoral est du 18 septembre 1856.

Plan du Moulin des Saules

Le dossier des Archives Départementales Me Col 3E27/14 contient le contrat d’assurance de 1862 : tout proche de « la maison de maître dit le château » des Saules, assurée 5 000 F, le moulin est assuré pour 12 000 F, étant précisé qu’il peut être « soit à blé, soit à émail », « composé de rez-de-chaussée premier et grenier, une grange avec son aire, deux écuries et fenil ». « M. Létang déclare qu’il n’existe pas dans le moulin plus de deux paires de meules ». Il faut y ajouter la « boulangerie du moulin » assurée pour 300 F.

Sur le ruisseau venant de Montigny

Un moulin apparaît à vendre dans une annonce du Journal de la Nièvre le 17 juillet 1847 : « Moulin situé à Coulanges-les-Nevers, servant à faire du blanc de faïence, tournant au moyen d’une roue à coupes, garni de tous ses agrès, ayant quatre serces et leurs pierres, avec magasin, où se trouve un grepil pour broyer les couleurs, chambre d’habitation, greniers à côté et au-dessus de ladite chambre…. Une terre vague située au-dessous de la roue du moulin, entre le cours d’eau et le chemin de Nevers à Montigny » : ce ne peut être que le moulin de la Grippe. (J’ignore ce que sont la serce et le grepil.) Ce moulin appartient au grand faïencier de Nevers Pierre Senly.

Paulin Fay, étudiant le recensement, dit que le moulin de la Grippe a 3 habitants en 1855.

Le moulin de la Grippe fonctionne à cette époque puisqu’en 1861 Le Journal de la Nièvre évoque la noyade d’une blanchisseuse dans « la petite rivière qui fait mouvoir le moulin de la Grippe ».

Le moulin à vent de Coulanges surplombant la Pique

Le moulin à vent au-dessus de la Pique était peut-être de ceux évoqués par Taverna. Nicole Demet écrit qu’il ne fonctionnait que 180 jours par an à cause de l’insuffisance du vent. Le 25 juin 1844, Le Journal de la Nièvre annonce à vendre, suite décision judiciaire, le moulin à vent de Coulanges, qui surplombe la rivière de La Pique : « Un moulin à vent propre à moudre de l’écorce, construit… en pierre, chaux et sable, couvert en ardoise. Ce moulin a une forme ronde, son pourtour est de 32 mètres environ. On remarque à l’extérieur deux ailes en croix servant de tournant, deux portes d’entrée, trois lucarnes pratiquées dans le mur et deux grandes lucarnes pratiquées à la chute du toit, par l’une desquelles sort le tournant ; au côté opposé il existe un poteau d’appui en bois, garni de chaînettes en fer. » C’est le poteau auquel on attache la queue du moulin. Ce moulin ne doit pas être en un fameux état puisqu’il n’est mis à prix que 100 F. En 1856, M. Laporte possède « la ferme du moulin à vent », lequel, déjà, ne semble plus marcher.

Nicole Demet écrit que le trop lourd impôt foncier, calculé sur les ailes, aurait incité le propriétaire à le fermer. En 1909, l’ancien moulin à vent apparaîtra comme entouré de si bonnes vignes qu’un de ses crus s’appellera le « rouge du Moulin-à-Vent » (noté dans un menu reproduit par le livre de Nicole Demet).

Moulin à vent – Coulanges
Girouette à Coulanges
A partir de 1871

Quelques années avant 1882, le dossier 3P 088-2 des Archives Départementales (matrices cadastrales) indique à Coulanges 4 moulins à eau implicitement travaillant le grain, dont le revenu fiscal net annuel total se monte à 1400 F, et un moulin à blanc pour la faïence seulement 84 F. 

Pont St Ours

Le dossier 3E62/303 notaire Bouquillard concerne la vente de « l’usine de Pont-St-Ours actuellement moulin » par Métairie à Guillaume Barreau, conclue le 9 septembre 1869 ; le dossier vise entre autres la « tolerie » qui sur le plan de 1865 occupe la parcelle cadastrale 164 ; j’émets l’hypothèse qu’il s’agit du « moulin du Sabot », mais cela signifie que l’activité métallurgique n’a pas attendu cette vente à Guillaume Barreau pour cesser à Pont-St-Ours. L’ensemble est évalué 120 000 F, ce qui est assez énorme, mais pour diverses raisons Guillaume Barreau ne verse à Métairie quen 50 000 F (il règle d’autres sommes à ce qui me semble divers créanciers).

C’est le grand tournant dans l’histoire des moulins de Coulanges. Entré en jouissance en mai 1871, Guillaume Barreau fait raser tout ce qui reste de l’ancienne forge de Pont-St-Ours, sans doute aussi la partie d’ores et déjà devenue moulin à blé, et construit à la place ce qui va être le fameux moulin de Pont-St-Ours. La matrice cadastrale indique qu’en 1876 Guillaume Barreau reconstruit le moulin et maison plan 164, le revenu fiscal net annuel étant de 900 F (AD 3P088/2). Nicole Demet précise qu’en 1878 il dispose d’une force de 26 chevaux, de 7 paires de meules, et que sa production annuelle atteint 2 400 tonnes de farine et 800 d’issues (le son, vendu aux éleveurs de bétail), tout cela grâce à un bief de 3,6 km et d’une chute de 1,31 m (l’abondance de l’eau compense sa faible hauteur).

Péreuse

A propos du moulin de Péreuse, Nicole Demet a trouvé un article de Victor Cladière en 1878. Equipé de deux roues à aubes droites alimentées par en-dessous, il «dispose de 8 paires de meules d’une force moyenne de 30 chevaux et occupe 8 meuniers payés 3,50 F par jour ».  (…) Il moud environ 3 600 tonnes de blé par an. Sa capacité de mouture quotidienne atteindra 30 quintaux par jour, précise l’auteur. 

Le moulin à faïence des Saules

1875 est l’année de la faillite de M. Lestang, le grand faïencier de la rue St-Genest à Nevers. Elle entraîne la mise en vente de tous ses biens, dont « un moulin à émail, ancien moulin à blé, avec grange, écuries, jardins, contenant environ 90 ares ; situé aux Saules commune de Coulanges » (Journal de la Nièvre, 12 mars). Le dossier 3U5/243 relatif à la dite faillite, des Archives Départementales indique que dans le grand inventaire, le moulin des Saules est estimé valoir 12 000 F, mais les comptes lui imputent un débit de 821,05 F pour un crédit de seulement 80, soit un solde négatif de 741,05. Le meunier s’appelle Cliquet : il est indiqué au crédit et au débit pour 250 F (sans doute sa rémunération de la dernière année). Sous le nom de « moulin de Meulot », ce moulin des Saules fait l’objet d’une vente aux enchères les 6 et 13 mars 1876 ; le Journal de la Nièvre le décrit en cette occasion : mû par hydraulique et machine à vapeur, 4 paires de meules, étang, maison d’habitation, terres, vignes et prés. Le même quotidien le décrit à nouveau en vente en 1878. comme à vendre ou à louer. Cette même année sont à vendre les stocks de blé (63 sacs) et de farine (64) de M. Bouteau, « meunier à Coulanges » ; l’importance des stocks indique qu’il tenait un grand moulin de commerce, mais l’annonce ne précise pas lequel (12 juin 1878).

La ville de Nevers a exproprié les Masson d’une source pour faire un réservoir d’eau destiné à alimenter la ville en eau potable. Mécontents de l’indemnisation, ils ont saisi les tribunaux, et l’affaire vient de se terminer en cour de cassation, certes en leur faveur ; seulement ils doivent patienter dans l’attente du paiement de la nouvelle indemnisation, qui en théorie doit se faire prochainement. 

Les moulins après 1882

Le dossier M6318 des Archives Départementales indique pour 1883 à Coulanges : 5 moulins de 23 à 25 ouvriers au total, payés 2,50 F par jour. Le M 6335 n’indique plus que 4 en 1887 et 1888, employant 20 ouvriers aux salaires de 2,50 à 5 F pour 11 heures de travail par jour. Toutefois il indique à nouveau 5 moulins en 1889, toujours pour 20 ouvriers, mais avec des salaires de 2,70 à 3,70 par journée de 11 heures.

Le dossier 3P088/2 des Archives Départementales portant matrices cadastrales n’a pas l’avantage d’être clair pour les dates. Mais il me semble indiquer en 1882 les moulins suivants, avec le propriétaire, le numéro de plan et le revenu fiscal net annuel :

– Le moulin de La Villette à la veuve Laporte, plan 86, 920 F.

– Le moulin de Meulot, à Pierre Masson, son meunier, plan 215, 185,41 F.

– Le moulin de Péreuse, plan 303, à François Pot (ultérieurement à Chrétien, puis Louis Bagnolet), 920 F (en fait après 1910). Le quartier est dit « Moulin Grillot »

– Un moulin à blanc à Jean Senly, « manufacturier à Nevers » (un fabricant de faïence) plan 284, 285 F.


Dans le dossier 2 P 145, le « rôle général des contributions » indique en 1881 :

Barreau Guillaume, meunier au Pont-St-Ours, revenu 1 157,07, impôt payé 706,68 ;

Guillotin Théophile : moulin Péreuse (plus marchand de farine qu’exploitant de moulin), revenu non indiqué.

Perrin François, meunier à La Grippe, revenu non indiqué, impôt 22,89

Martial Maurice, meunier à la Villette, revenu non indiqué, impôt 12,22

Masson Philippe : au moulin Meulot, bâtiment de 18 pièces, revenu 396,18,  impôts 220,32

Travault Eustache, meunier à La Croix, 6,89. Ce « moulin de la Croix » pourrait être le moulin de Villecourt dit aussi des Saules.

Le relevé des patentes industrielles indique dans le même dossier :

Barreau Guillaume, meunier au Pont-St-Ours, 4 paires de meules plus 2 chômant, paye  374,08 F.

Mme veuve Barriau, née Masson, exploitante du moulin Meulot, 2 paires de meules, paye 56,29

Guillotin Théophile tient le moulin Péreuse, 4 paires de meules plus 4 chômant, 326,30 F .

Perrin François, meunier à La Grippe, 2 paires de meules, impôts 85,06 F.

 Martial Maurice, meunier à la Villette, 4 paires de meules, impôts 278,94 F.

Thévenin Jean, aux Saules, « émouleur par procédés mécaniques » (émouleur : artisan travaillant les outils en fer), utilisant probablement la force hydraulique, impôt 34,09.

Les dossiers de la série M relatifs à la situation industrielle de l’arrondissement indiquent à Coulanges de 1884 à 1893 5 moulins à farine en activité (sauf en 1886, l’un d’eux doit être en modernisation), employant ensemble de 20 à 23 salariés, rémunérés de 2,5 à 5 F par jour pour 11 heures de travail.

Quelques changements dans les années 1890, selon le dossier 2P145 :

1890 : 

Barreau Pierre dit Joseph, meunier au Pont-St-Ours, revenu non indiqué, impôts 54,63 F.

Bedet Jacques, meunier à Meulot, 8,18

Bernard Claude, propriétaire à Pont-St-Ours, 41,36 F.

Main Menehould, meunier à La Pique, 8,18 F (!).

Perrin François, meunier à La Grippe, 21,45 F.

Patentes 1890

Barreau Guillaume, meunier au Pont-St-Ours, 4 paires de meules, plus 2 chômant, paye 388,20 F.

Bedet Jacques, Meulot, « exploitant de moulin à farine », 1 paire de meules, impôt non indiqué

Guillotin Théophile : moulin Péreuse, essentiellement marchand de farine en gros, 87,80 F.

Perrin François, meunier à La Grippe, 2 paires de meules, impôts 78,18 F.

Thévenin Jean, aux Saules, « émouleur par procédés mécaniques », impôt 35,38 F.

En octobre 1896 une crue de la Nièvre cause des problèmes : les moulins de Nevers et de Coulanges sont arrêtés (Journal de la Nièvre, 31 octobre).

Les principaux moulins à grain sont sur la Nièvre, dont Pont-St-Ours, Villette et Péreuse

Victor Cladière, dans son article du bulletin de la Société Académique, rédigé vers 1887, relatif à l’industrie dans la Nièvre, distingue quatre minoteries (quoique sous le titre « Industries se rattachant à l‘agriculture »), dont :

– Le moulin hydraulique de M. Joseph Barreau, à Coulanges lès Nevers, situé au Pont-St-Ours : 7 paires de meules, 3200 tonnes de blé, donnant 2400 de farine et 800 d’issues (son), pour une recette de 873 000 F.

Pont St Ours façade est

Peu après ce même moulin apparaît disposant d’une machine à vapeur

Contrôle des machines à vapeur AD – série M

– Le moulin de Grillot ou de St-Péreuse (parfois écrit Ste-Péreuse). Il fait l’objet d’une « vente sur licitation » le 23 janvier 1888 : il est décrit comme contenant 8 maires de meules, et la propriété comprend « 8 parcelles » plus un pré. L’annonce dans Le Journal de la Nièvre de 25 décembre précédent décrit le moulin :

« On accède à ce moulin par un chemin pierré en très bon état donnant sur la route nationale… A gauche du moulin, magasin à foin, grange, écurie, maison de vigneron, pièce de terre… jardin potager donnant sur la rivière…

A droite de ce chemin, vigne d’une contenance de 99 ares 48 ca… Petite cour au-devant du moulin.

Le corps de bâtiment principal se compose, à droite en retour, d’une petite écurie, vinée, cave au-dessous, grenier au-dessus. Maison d’habitation de meunier à la suite. Cette maison comprend une boulangerie et un cellier au rez-de-chaussée ; deux chambres, deux cabinets et une cuisine à l’entre-sol ; 2 chambres, une mansarde et un grenier au premier étage sur la cour. Passage couvert de l’entre-sol de la maison du meunier au premier étage du moulin. Petite cour derrière la maison d’habitation ; dans cette cour écurie, remise attenant au moulin, grenier au-dessus, abreuvoir à la suite.

Moulin élevé de 5 étages, construit en pierre et bois, couvert en ardoises.

Comprenant au rez-de-chaussée un petit bâtiment adossé au moulin construit en briques, couvert en ardoises, servant à abriter une roue hydraulique, mécanisme d’un moulin à 4 paires de meules, roue hydraulique, mécanisme d’un second moulin à 4 paires de meules.

Au premier étage moulin à 4 paires de meules, magasins à sacs, second moulin à 4 paires de meules.

Au 2ème étage : magasin à déchet ou nettoyage, double bluterie, bluterie à gurau, bluterie à son, chambre à farine, boisseau à blé.

Au 3ème étage nettoyage à blé, râteau à boulange, chambre à poussière, réservoir à blé, 2 bluteries à gruau.

Au 4ème étage, magasin servant à engrainer les machines.

Au 5ème étage engrenages et traînards à boulange.

Grand pré de 4 ha environ… »

Le moulin avec ses terres est mis à prix 38 000 F, son revenu brut total annuel étant de 5 000 F. 

La veuve de Gaston Laporte possède toujours le moulin de Villette (semble-t-il jusqu’en 1906!) ; ses fermiers (dont en 1883 un nouveau Martial) se montrent parfois peu enclins à appliquer pleinement les obligations nées du règlement d’eau de 1855 ; le plus coriace est Taboulot en 1888, qui refuse de faire les réparations exigées par le préfet. En 1906, un voisin, excédé par les inondations de ses prés, en vient à écrire : « la suppression du moulin s’impose ». 

Dans les années 1890, le moulin de la Villette contient un four qui permet au minotier de fabriquer du pain.

Sur la Pique

 Le moulin de Villecourt (parfois dit aussi des Saules), qui fut surtout un moulin à écraser la matière servant de vernis pour la faïence, semble avoir cessé de fonctionner avant 1900. Il deviendra une guinguette, à la longue carrière.

Les moulins de Meulot

Le 2 avril 1884, le Journal de la Nièvre annonce à vendre le « moulin de Meulot », comprenant un « moteur hydraulique » et une machine à vapeur de 10 cv avec sa chaudière, plus 3 paires de meules.

Le 11 mars 1891, La Tribune Républicaine annonce : 

« Hier soir 9 mars, le moulin situé aux Saules, commune de Coulanges-les-Nevers, appelé « Moulin Meulot », a été détruit entièrement par un incendie.

Ce moulin appartenait à M. Ville Gilbert, rentier à Coulanges, et était exploité par M. Pierre Lauvergeat, meunier. Un jardinier, nommé René Bourdier, l’habitait également comme locataire. 

M. Lauvergeat s’était couché ver 9 heures et demie du soir et n’avait rien remarqué d’anormal dans le moulin. A 11 heures et demie les époux Bourdier s’étant levés pour soigner un de leurs enfants qui se trouve malade, aperçurent le feu dans la partie supérieure du bâtiment. Ils n’ont eu que le temps de se sauver ainsi que le meunier réveillé par eux. En quelques instants tout était en feu ; presque tout le mobilier a été détruit.

La pompe de l’usine de La Pique ainsi que celle des sauveteurs de Nevers étaient sur les lieux et à 3 heures du matin tout danger était conjuré pour les immeubles voisins. Les familles sinistrées se sont sauvées presque nues. 

Les causes de cet incendie sont inconnues. Les pertes sont estimées environ 22 000 F. Le propriétaire du moulin et le meunier sont assurés mais M. Bourdier ne l’est pas. ». 

Le « moulin de Meulot » est toutefois reconstruit puisqu’il est annoncé à affermer dès janvier 1898 (Journal de la Nièvre , 9 janvier).

NB : inconvénient de ces récits, je ne suis pas sûr qu’ils évoquent le moulin marqué aujourd’hui de Meulot, qui appartint aux Masson, ou celui que je préfère appeler des Saules ou de Villecourt.

Sur le ruisseau de Montigny, le moulin de la Grippe

Le meunier de la Grippe est Pierre Bernard en 1889 (2P627 concernant Urzy où il possède quelques biens).

Le moulin de la Grippe a 7 habitants en 1895 (Vallière). Il dispose de « moteurs » de 6 à 8 cv est-il précisé dans une annonce par laquelle le propriétaire cherche à l’affermer en 1898 (Journal de la Nièvre 8 mai). 

Dans les années 1890-1900, le moulin de la Grippe a pour propriétaires successifs Quoy et Joseph Barreau (du moulin du Pont-St-Ours). Le dossier S 2289 des Archives Départementales montre qu’il bénéficie d’un très long bief formant un grand arc alors que le ruisseau file tout droit au fond du thalweg pour aller rejoindre la Nièvre à Pont-St-Ours juste avant le grand moulin de ce nom.

Plan du site du moulin de la Grippe
Repère provisoire – Moulin de la Grippe

On a une idée de la forme du moulin à cette époque.

Localisation pour l’instant incertaine

Un meunier de Coulanges, M. Petot, fait faillite, mais je suis prudent quant à identifier le moulin qu’il exploitait. Une vente aux enchères de son mobilier est organisée ; on y remarque outre des « tables, chaises, armoire, commode, fourneau, coffre, fûts vides, instruments aratoires, chevaux, harnais, voitures, chariot, farine, orge et avoine », une « vache laitière », « une grande quantité de corbeilles de boulanger, pétrin… » (Journal de la Nièvre, 15 juin 1897).

Au XXème siècle

Le début du XXe siècle, avant 1920

Le dossier 2P145 indique entre 1908 et 1911 :

Barreau Pierre dit Joseph revenu sur le bâti 5271 F.

Bagnolet Louis, moulin de Péreuse à partir de 1910, revenu 1 825,50 F. 

Maucourrant Désiré, meunier à La Croix, taxe personnelle 1,50 F.

Bertin Jean : meunier à Péreuse taxe personnelle 1,10 F.

Lancery meunier à La Grippe taxe personnelle 1,70 F.

Pour la période 1912-1916

Barreau Pierre dit Joseph 6 061,50 F.

Bagnolet Louis sans revenu on va voir pourquoi.

Maucourrant Désiré, meunier à La Croix, taxe personnelle 1,50 F.

Jacques Berthelot, garçon meunier à La Croix, taxe personnelle 1,50 F.

Les années 1900 sont un tournant dans l’histoire des moulins : la course au progrès dans l’industrie condamne les moulins dont les propriétaires refusent ou ne peuvent investir, tandis que leurs concurrents plus heureux aménagent de grandes minoteries.

Les moulins en difficulté : Nicole Demet signale deux moulins en difficulté au point de cesser de moudre, d’abord celui de Meulot  au début du XXe siècle, et en 1904, l’ancien moulin des Saules, sur la Pique, qui devient une guinguette ; la carte postale accompagnant cette information montre un moulin relativement large, qui fait cossu, avec un toit mansardé.

En 1901, Joseph Barreau cherche un meunier pour le moulin de la Grippe, par une annonce précisant qu’il est équipé de 2 paires de meules et d’une machine à cylindres contenant un « convertisseur double » de 47X22 cm. Il travaille le blé jusqu’en 1905, où il devient moulin à faïence, mais il cesse de fonctionner en 1913 (Nicole Demetl). L’ancien moulin de la Grippe fait aujourd’hui très joli, au bout de son petit étang.

Moulin de la Grippe

Le plus curieux est de voir s’éteindre l’immense moulin de la Villette. En 1909, la veuve Laporte fait passer une annonce pour affermer son moulin de la Villette ; il n’a que 3 paires de meules. Même annonce l’an suivant, mais le moulin est présenté comme ayant… 4 paires de meules ! Donc on note l’absence de machines à cylindres, dont les meilleurs moulins s’équipent depuis le début des années 1880. Il s’éteint peu à peu et ferme « au lendemain de la Première Guerre Mondiale » (Nicole Demet). En 1920, il apparaîtra comme devenu une entreprise de métallurgie (marchant grâce à 2 moteurs à essence), d’ailleurs en difficulté puisque tout son matériel sera mis en vente rapidement. Voir dans le cinquième cahier à propos du minotier Grégoire en 1934 : cette année-là il réactive le four de boulanger du moulin pour transformer en pain la farine de son moulin Martelot de Nevers, mais sans réactiver la fonction moulin à la Villette. Il reste un bâtiment qui fait vraiment grand.

Moulin de la Villette – Coulanges
Par contre deux établissements vont bénéficier d’un grand prestige : Pont-St-Ours et St-Péreuse.
Pont-St-Ours prospère sous la férule du grand Joseph Barreau

Joseph Barreau est une personnalité si marquante que, à l’occasion d’une « exposition industrielle et commerciale » à Nevers en 1902, il fait l’objet d’un article élogieux dans le Journal de la Nièvre du 13 juin.

« L’exposition de M. Joseph Barreau, au hall de Verpré, est instructive à biens des égards.

Propriétaire de la plus importante minoterie des environs de Nevers, que tous nos concitoyens connaissent, dans le site pittoresque de Pont-St-Ours, M. Joseph Barreau expose les divers produits que l’on obtient aujourd’hui dans les moulins, dont le mode d’action a été si profondément modifié par l’emploi d’un mécanisme nouveau, bien différent de l’antique meule en silex.

Il n’est pas possible d’entrer dans le détail des phases multiples par où passe le grain de froment avant d’être transformé en farine. L’exposition de M. Barreau permet de s’en rendre compte et, pour les amateurs d’art industriel, elle offre un champ d’études intéressantes…

De nos jours, le moulin est une usine compliquée, nécessitant chez son directeur une conduite approfondie de la mécanique, pour la conduite des appareils et de la chimie, pour apprécier les effets du travail mécanique sur la substance si délicate qu’il prépare pour notre alimentation. C’est ce que montrent les diagrammes exposés à côté des produits de mouture, dont ils forment le complément nécessaire…

Si M. Barreau s’intéresse aux nouvelles tétrodes appliquées en mouture, et s’il adopte l’outillage le plus perfectionné, il n’en réserve pas le bénéfice à sa seule clientèle civile. Chargé depuis 20 ans des moutures militaires, il s’inquiète de voir l’administration militaire conserver un taux de blutage qui date de 1822. Il propose donc un système qui aurait l’avantage d’améliorer le pain du soldat sans entraîner de nouvelles charges pour le Trésor, ce qui, à nos yeux, constituerait une innovation doublement heureuse…

La  production journalière des moulins de M. Joseph Barreau est de 1 000 doubles décalitres de blé, ou 150 quintaux métriques. Les farines premières en provenant sont consommées dans le pays ; les farines secondaires sont livrées à l’exportation. »

En 1904 M. Joseph Barreau fait publier l’histoire du moulin de Pont-St-Ours dans La Tribune Républicaine, dont la description des modifications qu’y a apportées son père. En effet ce dernier en est devenu propriétaire en 1860 : c’est alors une usine de fer blanc à 110 ouvriers, 3 roues, une machine à vapeur. M. Barreau la rase de fond en comble en 1870. Il assure la solidité du bâtiment, des ponts, des voûtes au-dessus des roues, des charpentes et des planchers et crée un grand double moulin muni de deux roues de 20 et 35 ch et 4 paires de meules pour le blé et 2 autres pour les gruaux, toutes deux d‘1,66 m de diamètre. Il peut produire 100 quintaux en 24 h. En 1891 il s’équipe de cylindres, son établissement comptant un « grand moulin » capable de produire 170 q en 24 h avec « diagramme de mouture automatique des mieux conçus, exécuté par la maison Brault, Teisset et Gillet », de Chartres, et un petit moulin capable d’en produire 80. « La mouture se fait dans le grand moulin par 6 appareils à 4 cylindres… On y voit des machines perfectionnées des ateliers de Chartres : bluteries rondes, centrifuges, sasseurs Reforme, etc… Le petit moulin a été monté avec 4 appareils à 4 cylindres et 2 moulins batteurs. M. Joseph Barreau (fils du créateur) y a fait de grosses modifications en y ajoutant des broyeurs et des convertisseurs système Brault… On remarque 2 plansichters circulaires Bunge. » S’y ajoutent d’autres appareils : « tarares, émotteurs, trieurs, colonne et brosse Richmond, mouilleur. » M. Barreau fait accoupler deux machines à vapeur fixes, et installer une turbine américaine de 35 chevaux, tout en faisant équiper l’établissement de la lumière électrique. En passant l’article précise que M. Joseph Barreau obtient le marché de la farine destinée à fabriquer le pain du soldat, qu’il veut le plus nutritif possible, tout en achetant sa matière première aux agriculteurs au meilleur prix possible (mieux un moulin est équipé, plus ses prix de revient sont bas, ce qui lui laisse une marge pour payer plus le producteur de grain). En passant, M. Joseph Barreau est une forte personnalité : il profite de l’Exposition Industrielle et Commerciale de Nevers de 1902 pour présenter les innovations de son moulin et faire paraître dans Le Journal de la Nièvre du 13 juin une sorte d’interview indirect (l’entretien direct ne se pratique pas encore dans les journaux du département) : « De nos jours, le moulin est une usine compliquée, nécessitant chez son directeur une connaissance approfondie de la mécanique pour la conduite des appareils et de la chimie pour apprécier les effets du travail mécanique sur la substance si délicate qu’il prépare pour notre alimentation. c’est ce que montrent les diagrammes exposés à côté des produits de moutures, dont ils forment le complément nécessaire.

La production journalière des moulins de M. Joseph Barreau est de 1 000 doubles décalitres de blé ou 150 quintaux métriques. Les farines premières en provenant sont consommées dans le pays ; les farines secondaires sont livrées à l’exportation. » Par ailleurs, M. Barreau équipe son moulin d’une installation électrique en 1898, écrit Nicole Demet.

En 1905, M. Barreau met en vente 2 machines à vapeur qu’il s’apprête à remplacer par « une machine plus forte » : une demi-fixe à 2 cylindres, « retour de flamme », 25 cv, construction Breloux, l’autre aussi demi-fixe, 2 cylindres, flamme directe, 12 à 15 cv, construction Pedard (donc toutes deux fabriquées à Nevers). (Journal de la Nièvre 22 janvier).

Mais quelques temps après ce splendide moulin cesse d’appartenir à la famille Barreau. Il passe à un M. Bernigaud, qui hélas fait l’objet d’une liquidation judiciaire en octobre 1911, d’où la vente du 13 novembre annoncée par Le Journal de la Nièvre au moyen de sortes d’affiches point avares de détails (on y apprend en outre qu’est annexé au moulin un grand bâtiment à usage de « boulangerie » ce qui est banal, mais dont l’étage sert de « salle de danse »). Donc le moulin à eau et à vapeur du Pont-St-Ours se définit comme « comprenant un moulin système Brault et Teisset et un autre moulin système Chavannes et Ollagnier, ayant ensemble une capacité moyenne de 300 quintaux environ par 24 heures, force motrice produite par deux turbines et une machine à vapeur, éclairage électrique. Maisons d’habitation, de maître, de garde-moulins ; écurie, fenil, hangar, remise, porcherie, atelier, garage à autos, etc… dépendances importantes : cour, jardin, plusieurs prés. Le tout d’un seul tenant, d’une contenance de 7 ha. Le moulin acquis 237 030 F suivant acte reçu Me Bouquillard, notaire à Nevers, le 7 juin 1909, a été transformé et modernisé en 1910. Mise à prix 80 000 F. » Les 7 ha ne comprennent pas le domaine dont est le centre le bâtiment à boulangerie et salle de danse (2,5 ha). 

Le principal moulin est un grand bâtiment « en pierres couvert en ardoises » comprenant un sous-sol et 4 étages, sans préjudice d’un « hangar en appentis à l’est ». Au sous-sol les turbines, une Brault et Teisset de 50 ch, une Sloan de 30. La machine à vapeur Wehyer et Richemont type F a une puissance de 50 ch. « Ces trois moteurs sont accouplés sur la transmission du rez-de-chaussée de façon à pouvoir à volonté conjuguer les trois forces pour actionner simultanément les deux moulins ou bien faire marcher ensemble ou séparément l’un quelconque des moulins par l’un quelconque des moteurs. »

Chacun des deux moulins internes a son système réparti selon les niveaux, le rez-de chaussée hébergeant les deux systèmes de transmissions générales :

Moulin Brault et Teisset :

. premier étage : 6 broyeurs 475X22 pour les cinq passages de broyage, 3 convertisseurs automatiques de même dimension

. deuxième : « étage de manutention des produits finis ou à repasser »

. troisième : « nettoyage combiné invincible ; deux bluteries, broyage et convertissage ; une bluterie d’extraction ; un diviseur ; un aspirateur »

. quatrième : une bluterie «de sûreté », 2 de convertissage, une centrifuge système Brault, une autre système Chavanne et Ollagnier, un trieur à blé.

Moulin Chavanne et Ollagnier

. premier étage : 2 « dérouleurs à blé de 0,60 m, système Chavanne, pour fendage ; premier, deuxième et troisième déroulage double. Un dérouleur double de 0,60 m système Chavanne pour premier et troisième déroulage des semoules. Deux broyeurs à 4 cylindres de 0,50 m dont 2 paires sont : un pour premier cureur à son, un pour deuxième cureur à son. 4 cliveurs Chavanne avec réglage micrométrique ; un trieur à blé pour le clivage des semoules et gruaux de première réduction », deux convertisseurs doubles système Turnier de 0,50 m type diagonal, à double rouleau distributeur, avec réglage micrométrique, l’un pour pour conversion des bas produits, l‘autre pour conversion des fins gruaux.

. deuxième : deux sasseurs à semoules et gruaux, avec ramasseurs automatiques des souffleurs

. troisième : deux plansichters système Sloan à deux coffres équilibrés, prenant 8 produits avec brossage automatique ; une bluterie de sûreté

. quatrième : douze bluteries centrifuges système Chavanne avec bluterie de sûreté ; un nettoyage de blé combiné système Lhuillier.

Il y a des « magasins à grains et à farine à chaque étage ».

Un mot sur l’installation électrique : « Deux dynamos produisant la lumière électrique dans les deux moulins et l’habitation du meunier. »

Autres bâtiments annexes : 

. la maison du meunier : en pierres et couverte en ardoises de plain pied, avec sous-sol, cave et grenier, prolongée par une écurie et une remise ; 

.puis la maison du « garde-moulin », à tuiles et un étage, dite « le bâtiment de la Cantine » ; 

.une autre construction est à usage de poulailler, une autre naguère porcherie mais « servant aujourd’hui de magasin de débarras », et puis une encore avec étage et cave servant à la fois d’atelier et de « garage à auto »

. et encore « un hangar partie en pierres et partie sur poteaux couvert en ardoises et servant à remiser les chariots et les voitures » (sous-entendu à cheval), et puis un autre bâtiment servant d’écurie et de fenil.

Passons sur les cours, jardins, pièces de pré, cours d’eau… 

Le dessin ci-dessous est extrait de l’en-tête du papier à lettre du moulin de Pont-St-Ours Joseph Barreau, sans doute d’avant 1910 et utilisé pendant la guerre de 1914-18 (Médiathèque de Nevers, 3N2284). Remarquer la qualité du dessin : elle demeure même quand on l’agrandit en format 21X29.

Moulins de Pont St-Ours
Dessin agrandi Moulins de Pont St-Ours
Le moulin de St Péreuse passe à M. Bagnolet

En 1902, la veuve Louis, propriétaire, louait le moulin de St-Pereuse au meunier Antoine Sarda. Un bel équipement : 5 étages, 2 roues, 12 ha de terres. Cependant Antoine Sarda fait faillite. Son matériel est mis en vente aux enchères le 27 juillet : on remarque « une bonne jument de voiture, un cheval de trait de première force ; une forte jument grise de trait ; un  « cheval de trait hors d’âge mais d’un bon service », 3 grandes carrioles de meunier ; une voiture légère à deux roues en très bon état, un chariot, etc… Tables, chaises, bureau, buffet, pendules, armoires, etc. (Journal de la Nièvre 2 articles en juillet). Nicole Demet dit que le successeur va transformer le moulin en scierie, des turbines remplaçant les roues. Mais il redevient vite un moulin à grain sous l’autorité de M. Gillotin.

En 1908 est à affermer un moulin considérable, à cylindres, 5 étages, 2 roues (sans doute Pereuse). L’un de ses avantages est d’être très bien placé, du côté du Pont-Patin, non loin de la limite avec Nevers.

Le moulin de Pérese échoit à M. Louis Bagnolet

Négociant en grains, il l’achète à M. Chrétien (qui quelques années avant l’avait acquis suite au décès de Mme Louis), avec plusieurs parcelles plus ou moins attenantes, en 1910 38 800 F, dont 13 800 F versés immédiatement, le reste étant à régler d’ici 1919 avec intérêts de 3 % par an. Le dossier des AD notaire Me Dauphin  E/50/118, qui l’indique, précise : « moulin à eau monté à cylindres , construit en pierres et bois, couvert en ardoises ». Le 29 août 1910 M. Bagnolet publiait dans Le Journal de la Nièvre une publicité présentant son « usine » (le mot avait à l’époque un sens très large) comme « complètement installée à neuf, avec l’outillage moderne le plus perfectionné, pour une production de deux cents quintaux métriques ou quatorze cents boisseaux de blé par jour… à prix modérés ». (En passant : une capacité de 200 quintaux par jour, c’est énorme pour l’époque). Bagnolet précisait parlant de lui à la troisième personne : « Son usine hydraulique et à vapeur lui permettant de marcher sans interruption, il donnera satisfaction immédiate à toutes demandes de marchandises. » Il proposait de vendre de l’ancienne installation « quantité de poulies, vis, godets, élévateurs, courroies, différents appareils de meunerie ».

En 1911, M. Bagnolet s’offre un grand placard publicitaire dans le numéro du Journal de la Nièvre du 29 août. C’est qu’il tient désormais le moulin  de Péreuse. « Exploitant les anciens moulins Gillotin, informe MM. Les Propriétaires et Agriculteurs que son usine complètement installée à neuf, avec l’outillage moderne le plus perfectionné, pour une production de 200 quintaux ou 1 400 boisseaux de blé par jour, est à la disposition des intéressés pour la mouture de toutes céréales et le concassage et l’aplatissage de tous grains, à prix modérés… Son usine hydraulique et à vapeur lui permettant de marcher sans interruption, il donnera satisfaction immédiate à toutes demandes de marchandises ». M. Bagnolet met en vente tout l’ancien matériel dont il n’a plus l’usage.

La photo du moulin de M. Bagnolet dans le livre de Nicole Demet suggère que le bâtiment est tel que construit peu avant 1855, notamment vu le toit mansardé.

Hélas, le 30 décembre 1913, le feu détruit la minoterie Bagnolet

Au début, à Nevers, on se contente d’être étonné en cette nuit du 30 au 31 décembre. De la place Carnot et de la gare, alors qu’il est minuit, on perçoit un étrange rougeoiement. « Le ciel neigeux provoquant une réverbération intense rendait le rayonnement de l’incendie parfaitement visible à longue distance » note Paris-Centre. Car on prend vite conscience qu’il s’agit sans doute d’un incendie, mais loin en direction de l’est, en tout cas pas sur la commune de Nevers puisque l’alerte n’est donnée par aucun clairon ni aucune sirène. Et puis on verrait des mouvements de pompiers. Nous y reviendrons.

Car ce n’est pas vraiment loin : ce qui flambe, c’est la minoterie Bagnolet, au Pont-Patin. Un grand et beau moulin tout moderne de 30 mètres de long, à turbine et à vapeur. Cette nuit du 30 décembre trois ans après paraissait devoir être bien ordinaire. Vers 10 heures le charretier Eugène Bécherie rentre de tournée ; Mme Bagnolet lui sert un dîner qu’il prend en compagnie de M. Bagnolet. Puis, tandis qu’il panse les chevaux, le patron et un domestique vont fermer les vannes d‘arrivée d‘eau ; ensuite M. Bagnolet monte au premier étage actionner le câble permettant d‘arrêter la turbine. Vers 11 h 30 Mme Bagnolet est réveillée par le bruit d’un crépitement. Elle voit le haut du moulin en feu en même temps qu’un voisin, Jean Barnabé, 72 ans, garde champêtre de Coulanges. C’est lui qui fait sonner le tocsin tandis qu’à l’aide de son clairon un jeune homme réveille les voisins. M. Bagnolet et son fils montent au dernier étage : ils auraient eu des seaux d’eau, peut-être auraient-ils réussi à éteindre le début de l’incendie. Le temps qu’ils aillent en chercher, les flammes trouvent à tout l’étage proies trop faciles. Ils remontent en vain. Déjà le feu est intense tant il y a de matières inflammables dans ce grand moulin. MM. Bagnolet et fils et le charretier du moulin sortent les chevaux des écuries et le maximum de sacs de farine – ils en sauvent à peine la valeur d‘une voiture! -, lorsqu’ils réalisent que du toit tombent des tuiles, et que la salle contenant la machine à vapeur, et celle-ci elle-même, sont en feu. Ils se replient sur la maison d’habitation non loin du vaste bâtiment pour en sauver tout ce qu’il est possible. D’ailleurs les sauveteurs réalisent assez vite que tout ce qu’on peut préserver, c’est la maison d’habitation, et encore en détruisant le passage couvert qui la relie au moulin. A minuit et quart, ce qui éclaire Nevers, c’est la torche qu’est devenue la grande minoterie Bagnolet : un « immense brasier », d’où jaillissent des « gerbes d’étincelles », écrit La Tribune. Nombreux sont les voisins à lutter contre le sinistre, plus un détachement de soldats du 13ème régiment de ligne. Ils ne peuvent qu’assister impuissants à l’extension du sinistre, qui maintenant détruit les écuries et les remises. Les pompiers de Nevers se présentent selon La Tribune à 3 h et demie, avec plusieurs pompes qui déversent sur l’incendie l’eau prélevée dans le lit de la Nièvre toute proche. Le feu n’est maîtrisé que vers 5 heures, et au petit matin il ne reste du grand et beau moulin Bagnolet que « des murs noircis et un amas de décombres et de poutres calcinées » (La Tribune). A propos des causes, on émet l’hypothèse d’un court-circuit qui se serait produit dans la bluterie, laquelle était traversée par des fils électriques passant près des bluteurs et des brosses à son. Dégâts énormes : tout compris (bâtiment et annexes, machines, provisions de grain, farines et issues comme le son, harnachements, paille et foin), M. Bagnolet a vu partir en fumée plus de 100 000 F!  Seule la maison d’habitation est encore debout, mais tellement abîmée qu’on craint devoir l’abattre.

Paris-Centre lance une polémique : que le feu ait éclaté sur Coulanges, soit ; ce n’était pas une raison pour que les secours de Nevers ne réagissent pas immédiatement ; plus de trois heures d‘attente c‘est choquant. Un voisin est critiqué : le commandant de la Manutention, l’établissement militaire occupant l’ancienne fonderie de canons le long de la rue Ste Vallière (future rue Mlle Bourgeois ; en 2011 l’Institut scientifique de l’Automobile et des Transports). C’est à deux cents mètres du lieu du sinistre : cet officier s’est borné à envoyer un soldat voir ce qui se passait ; en son nom celui-ci a demandé s’il y avait besoin d’une aide (il ne s’en apercevait pas, ce brave), et les autres voisins l’ont très mal reçu. Le Journal de la Nièvre, qui note l’arrivée tardive des pompiers de Nevers seulement vers 3 h 30, signale également que les pompes de l‘usine de la Pique et les deux situées place Chaméane n‘ont pas été immédiatement sollicitées.


Sur ces deux points une protestation des pompiers de Nevers et de la Manuention contraint Paris-Centre à s’expliquer : les pompiers de Nevers viennent mais après… que le journaliste de Paris-Centre est parti se coucher, ce qui n’est pas exactement la même chose. Ils expliquent en outre qu’ils ont été « retardés par l’état des routes qui les a obligé à faire ferrer à glace un cheval pour emmener la pompe, trop lourde sans doute pour être tirée à bras » : ce qui implique que les pompiers de Nevers n‘ont pas encore de camion automobile en 1913. Quant à la Manutention elle répond que son matériel ne peut être utilisé en-dehors que sur réquisition par l’autorité civile, comme si dans un moment pareil le maire de Coulanges allait avoir le réflexe de prendre un arrêté municipal. Du coup Paris-Centre concentre ses critiques sur l’absurdité administrative : pour sauver des gens et des biens, en effet, on ne voit pas en quoi des règlements sont nécessaires ! Quant au commandant de la Manutention, il se révèle une caricature de la bêtise militaire. (TR, JN et PC du 31-12 1913 et du 1-1-1914)

Moulin de Péreuse
Les deux grands moulins de Coulanges subsistent longtemps

Dans la liste des minotiers réputés servir les boulangers en 1917, on n’en note qu’un seul à Coulanges : Joseph Barreau au Pont-St-Ours 80 q par 24 h,

Le dossier 2P145 des Archives Départementales indique pour 1917 et les années suivantes :

Au moulin de Pont-St-Ours, Barreau Pierre dit Joseph 6 061,50, 562,50 en 1921 (en fait sa veuve en 1920), auquel succède Roger Barreau en 1921 : 5 529 F.

Bagnolet Louis 277,50 F à Péreuse.

A propos du moulin de Péreuse, en 1917 l’ingénieur des eaux est appelé à étudier ses capacités de production éventuelle d’électricité : il évalue la « force nette disponible » de son installation hydraulique à 15 chevaux-vapeur (Archives Départementales dossier S10 120).

Le 2P146 indique  pour les années à partir de 1922 :

Barreau Roger 5 529 en 1922, 6 237 en 1923, 6 513 en 1925

Bagnolet Louis 277,50 en 1922, 367,50 en 1926

Maucourrant Désiré, meunier à La Croix taxe personnelle 5 F en 1922

Pour les années 1927 à 1930 :

Barreau Roger 13 146,75

Bagnolet Louis 3 436,58, barré en 1929

En 1927, le moulin Péreuse semble encore fonctionner, possédé et tenu par M. Bagnolet, qui d’ailleurs éprouve des plaintes de voisins pour ses négligences quant au maniement des pelles, lesquelles négligences provoquent des inondations de prés (Archives Départementales S10 453).

Le dossier M5573 des Archives Départementales comporte une liste de moulins à la capacité de production en 24 heures supérieure à 10 quintaux, tous à cylindres : on y remarque Pont-St-Ours à Roger Barreau (hydraulique + moteur à gaz pauvre » , capacité en 24 heures 240 quintaux.

Après 1930, le 2P 146 indique :

Barreau Roger, 13 146 en 1931 et 1936, 1 682,50 en 1931, puis Louis Abel Barreau 1 612,50 en 1936, puis 917,50 en 1938

Dans son livre sur l’histoire de la Résistance, « Les Francs-Tireurs et Partisans du groupement Cher et Nièvre », Demongeot décrit une mésaventure qui aurait pu mal tourner, concernant le maquis dirigé par « Yvan », à un moment où il manque de farine : « Nous décidons de monter une opération pour nous en procurer. Nous pouvons en trouver près de Nevers, au moulin Barreau de Pont-St-Ours. L’ennemi se présente alors que les hommes procèdent au chargement du véhicule ». Ils réussissent à s’enfuir et se cacher. Notons que M. Barreau était d’accord pour leur fournir de la farine.

Dans les annuaires de la meunerie parès 1945

De 1947 à 1986 (cette dernière année sous l’autorité de Roger Barreau), le moulin possédé de Pont-St-Ours apparaît constamment avec son contingent de 46 408 quintaux. En 1961 et 67, il est précisé qu’il utilise l’hydroélectricité. La grande minoterie de Pont-St-Ours ferme en 1988.

Varennes-Vauzelles

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  Pont de Ronchamp 1320 ; Forgia de Hostia 1331 ; la Beüe et Veninges (carte Cassini 1754).

La carte Cassini indique deux moulins sur un petit affluent de la Pique : la Beue et Veninges.

Le dossier 3p 303/1 des Archives départementales indique un seul moulin en 1810, appartenant à Gascuing de Chadoge. Le revenu fiscal net est évalué 400 F.

En 1835 puis 1840, il est à Louis Myon ou de la Garde, un gros propriétaire semblant posséder le château de Veninges, comme en témoigne ce document trouvé aux Archives départementales, série M, enquête statistique sur les moulins. 

Document Veninges 1840

Selon le dossier 2 P 633, en 1881, Pierre Jounet,  « exploitant de moulin à farine », assisté de Lyon Louis Jounet, tient le moulin de Veninges dont  la valeur locative est 350 F.  

Plan du Moulin de Veninges vers 1850
AD série S concernant Coulanges

Le dernier meunier de Veninges que m’indiquent les matrices cadastrales est Jean Lauverjeat, « parti à Coulanges le 11 septembre 1889 ».  

Moulin de Venanges

NB : Le moulin de Niffond était sur Urzy et non Varennes lès Nevers. Voir notre troisième cahier consacré principalement aux moulins d’Urzy.

St Eloi

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  forge d’Harlot : 1559 (moulin en 1870) ; Cholet : forge 1770.  Chaluzy (carte Cassini 1754) ; Fourneau (carte Cassini) ; Penauille 1809 ; moulin à vent Reméron 1836. Un foulon avant 1836. Huilerie à Venille 1858.

St-Eloi nous intéresse ici pour son ruisseau de Penauilles dit aussi de Venille qui, après avoir alimenté le moulin de Penauille, se perd dans le sol pour rejoindre la Nièvre ou son affluent l’Eperon. En outre le moulin à vent de Reméron surplombe le moulin de Penauille : on peut donc supposer qu’il a été construit pour le suppléer en cas de sécheresse. 

Répondant au préfet dans le cadre de l’enquête sur les moulins de 1809, le maire de St-Eloi décrit le moulin de Penoille : « Il n’y a qu’un mauvais moulin sur ma commune, appartenant à Mme veuve Gondier – à une roue qui ne va que 6 mois de l’année, alimentée par le ruisseau de la Fontaine de Venille, qui peut lorsqu’il tourne moudre 24 boisseaux de grain par jour ; ce moulin moud toute espèce de grain, froment, seigle, orge et avoine ».

Le dossier 3P238/2 des Archives départementales indique à St-Eloi semble-t-il avant 1836 : un moulin à eau classé 30, un moulin à vent 10, une forge 160 (Arlot, dont le ruisseau n’est pas affluent de la Nièvre). Gestat possède l’énorme propriété de Trangy en 1858, dont le moulin à vent lieu-dit « Le Vignot » plan 498 classé 10, et le moulin de Penoille plan 415 classé 50.

Le Journal de la Nièvre annonce en 1858 à vendre à St-Eloi une huilerie à Venille, dotée d’une presse hydraulique. 

Le moulin à eau de Penauille fait l’objet d’un arrêté préfectoral portant règlement d’eau le 28 juillet 1866 (Archives Départementales, S 2319). Il appartient à M. Tamisier puis va quelques temps passer à M. Béchet. C’est un petit moulin, à un seul niveau.

En 1865, Le Journal de la Nièvre annonce à affermer la terre de Trangy, qui comprend le château de Trangy et le moulin de Penauilles. Une deuxième annonce décrit celui-ci : chute 4 mètres, biez de réserve, 2  paires de meules.

Le dossier 2P550 des Archives Départementales montre qu’en 1881, 82 et 90, l’immense propriété de Trangy est à François Tamisier, dont le revenu fiscal net est 1 692,86 F. Il paye comme impôts 903,28 F. Il possède plusieurs bâtiments, dont probablement le moulin de Penauille, et le moulin à vent ‘fonctionne-t-til encore?). Jean Bernard est « meunier aux Penauilles », « exploitant de moulin à farine » ; il a entre autres « 2 paires de meules chômant », et paye 62,03 F de patente ; il dispose d’une voiture à 4 roues tirée par un seul animal. 

En 1884, les deux moulins de St-Eloi emploient 4 ouvriers payés 3 F par jour (Archives Départementales M6318).

Le moulin de Penauille est de nouveau annoncé par la presse locale à affermer en 1898, étant précisé cette fois qu’il est « refait à neuf ».

Le Journal du Centre du 30 août 2007 raconte l’extraordinaire destin de ce site avec pour titre « Une machine infernale au moulin des Penauilles ». C’est qu’au début du XXe siècle, Bertrand Hautecloque, le grand propriétaire de Trangy (principal héritier de Tamisier, dont il a épousé la fille) équipe le village de Trangy de l’eau courante. Pour cela, il crée une station de pompage pour monter l’eau sur le plateau de Trangy depuis le moulin de Penauilles, soit une ascension de 24 mètres. Il semble que cela prive le moulin de son eau ; l’article précise : « Le moulin possédait une roue à aubes et une minoterie mais est désaffecté depuis longtemps ». Mais Hautecloque meurt avant 1912, et je ne trouve plus de meunier à Penauille.

Ancien moulin à vent de Reméron