La Nièvre d’Arzembouy

actualités historiques

Textes et photos de Philippe Landry sauf indication contraire

Les moulins es rivières Nièvre

Nièvre d’Arzembouy, Nièvre de St-Franchy et Petite Nièvre, Nièvre de Champlemy, Nièvre de Bourras, etc… toutes ont animé quantité de moulins. Nous en livrons ce que nous avons pu établir de leur histoire dans notre bulletin semestriel, et dans une série de « cahiers », dont voici le premier numéro.

Particularité importante dans l’histoire de ces moulins : en raison de l’abondance de minerai de fer, des forêts fournissant le combustible des hauts fourneaux, et de l’eau pour faire tourner les roues, beaucoup ont un jour été transformés en forges hydrauliques “industrielles”, ou celles-ci sont devenues moulins. La roue faisait tourner un “arbre à cames”, qui :

– Ouvrait les soufflets, 

– Faisait tomber un marteau sur le minerai pour une première épuration (c‘est alors un bocard ou patouillet),

– Faisait tomber le fameux gros marteau dit martinet sur la pièce métallique en fusion pour lui donner forme,

– Faisait tomber un marteau sur le “laitier” (résidu de la forge) ; le moulin s‘appelait alors “moulin à laitier” ou bocard à laitier.  Il fournissait un sable qu’on utilisait dans le moule des pièces métalliques, par exemple les canons (on parlait alors de moulin à sable). Mais ce sable, parfois nommé mâchefer, entrait aussi dans le soubassement des routes ou dans les rives des canaux.

Cependant, nous ne rentrons guère ici dans le détail du travail du fer, attendu que d’excellentes études lui ont été consacrées : 

– les bulletins annuels des Amis du Vieux Guérigny (sans compter l‘exposition qu‘ils présentent chaque été)

– “Les forges de la Chaussade à Guérigny” de Jean André Berthiau, édité par la Camosine.

– “Forges et forgerons en Nivernais et en Berry”, de Raymond Robin

– “La Nièvre royaume des forges”, sous la direction de Francis Dreyer qu’a publié le Conseil général dans la collection “Musées”

– “Le Fer en Nivernais, Age d’or et déclin, 17e-19e siècles”, de Claudius Gabard et Jean-Louis Carnat, ainsi que “La vie quotidienne des ouvriers des forges en Nivernais au XIXe siècle”, par Guy Thuillier, deux ouvrages édités par le Centre de documentation pédagogique de Nevers.

Le travail du fer est très important autour de Prémery : vers 1790 l’ensemble des forges de Prémery, de Lurcy le Bourg et de Sichamps emploie 300 ouvriers  (AD 1 L 243).

Les Nièvre en amont de Prémery

Oulon

La carte Cassini montre un moulin sous l’étang d’Oulon. Les eaux en disparaissent ensuite dans le sol, mais le relief suggère qu’elles doivent rejoindre la Petite Nièvre en aval de Lurcy le Bourg.

En 1665, le seigneur Charles de Chéry loue ce moulin d’Oulon, dit des Chaulmes, à Jean Baulmier, “moulinier”, avec bâtiment, maison, roue, rouages, biez, chaussée, moyennant “neuf vingt vingt livres” à régler par 4 quartiers de 45 (dont en fait 4 fois 45 livres). Toutefois le preneur devant faire son affaire de toutes les réparations (Archives Départementales, Archives de l‘Hôtel-Dieu, B 25). En 1669, tout le village d’Oulon tombe dans l’escarcelle de Charles Roy. Plus tard, par testament, Charles Roy lègue le moulin à l’Hôtel-Dieu de Nevers (ce qui prend effet en 1708). C’est pourquoi le moulin apparaît plus tard dans l’inventaire des biens de l’hôpital général de Nevers. En 1883, il lui rapporte le revenu fiscal net de 1035 f (un grand moulin, donc). Il n’en est pas moins converti en bâtiment rural en 1890 (AD, 3P 203/ 3 et 4)

Giry

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  forge de Giry : 1598 ; Gipy 1754 (B84) ; 2 moulins à Giry en 1882.

En 1754 fonctionne le moulin de Giry (AD B86).

1873 : on  vole un sac de blé à un meunier de Giry nommé Legland.

En 1882, Giry compte deux moulins et un bocard à Gipy, mais qui disparaît bientôt. Les deux moulins de Giry appartiennent au prince de Beauveau, celui du plan cadastral 558 rapporte 260 F, et celui du plan 1520, 175.

En 1883, ces deux moulins emploient deux ouvriers, rémunérés de 2 à 3 F par jour (AD, M 6316).

 Cependant le second de ces moulins, après que son revenu est monté à 476,25, est “en ruines” en 1894. Passé à Robert de Mun, le premier lui rapporte 400 F en 1895 ; il est cité comme fonctionnant dans le Dictionnaire Vallière de 1896. Le meunier s’appelle Jean Lorcery, mais le moulin est démoli en 1901, Lorcery devenant menuisier. Par “démoli” il faut entendre que l’outillage est démonté et dispersé : le bâtiment du moulin de Giry demeure une imposante construction avec un aspect “forteresse”, juste sous le fameux château de Giry, en contre-bas de la route. (AD, 3P 127/4). 

Le fait qu’il y ait eu deux moulins sur le site de Giry entraîne une complexité dans la recherche. En effet, le « moulin de Giry » a été tenu par une grande famille de meuniers, les Bernard, dont 4 générations s’y sont succédé. C’est ce que nous apprend la revue généalogiste Blanc Cassis, dans son numéro du 1er trimestre 2019 où elle consacre des notices à plusieurs soldats nivernais morts à la guerre de 1914-18 ; à propos d’Auguste (dit Pierre) Bernard, elle le définit comme « meunier » au moment de sa mobilisation, et donc issu de 4 générations, en particulier son grand-père Jean Bernard, qui « avait exploité le moulin de Giry dès le début du XIXe siècle ». Comme le moulin de Giry semble fermé en 1901, il est probable que Pierre se place comme meunier dans d’autres moulins. Au demeurant, la notice nous apprend que sa mère est déjà veuve ; peut-être la cessation de l’exploitation a-t-elle été consécutive à la mort du père de Pierre ?

En tout cas on a deux noms de meunier dans une brève période à la fin du XIXe siècle (Lorcery et Bernard), chacun ayant tenu un des deux moulins du site de Giry.

Moussy

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  un moulin à vent avant 1789 ; huilerie Paul Abord 1878 ; Bertrand huilerie 1939

Des carrières de grès ont été exploitées à Moussy, pour en extraire des meules, ce qui a valu au village de s’appeler au XIXe siècle Moussy les Meules (Flohic). Christophe Girodet écrit dans « Moulins des villes et moulins des champs en Nivernais à la fin du Moyen Age » (paru dans les Annales de Bourgogne, tome 84 fascicule 4, de 2012) : « Les carrières de meules du petit village de Moussy ont fourni des meules pour plusieurs moulins de la châtellenie de Montenoison », notamment en 1381-82 pour un « moulin de Treigny » (le meulier est Perrin Soudin), et en 1394-95 pour un autre de Lurcy le Bourg ; des meules de Moussy sont vendue à l’évêque d’Auxerre pour un de ses moulins de Cosne, et en 1420 à la ville de Nevers pour ses moulins à chevaux (meulier Jean Guillaumot).

Moussy ne semble pas avoir connu de moulin à eau. La matrice cadastrale 3P 184/4 indique une huilerie Paul Abord, démolie en 1878, lieu-dit “Le Château”, au revenu fiscal net de 150 F. Il est improbable que Bertrand, l’huilier repéré en 1939, ait pris sa succession.

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La Nièvre de Champlemy

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Textes et photos : Philippe Landry, sauf indication contraire

Les moulins des rivières Nièvre

Nièvre de Champlemy, Nièvre d’Arzembouy, Nièvre de St-Benin, Nièvre de St-Franchy et Petite Nièvre, Nièvre de Bourras, etc… elles ont animé quantité de moulins. Nous en livrons ce que nous avons pu établir de leur histoire dans cette série de 5 cahiers, aujourd’hui celui consacré à la Nièvre de Champlemy.

(Lorsqu’une commune possède une  rivière non affluente à la Nièvre, les moulins de celle-ci ne sont pas étudiés).

Les moulins des Nièvre ont connu une grande diversité d’activités. Ils ont évidemment surtout travaillé le grain de blé pour fournir en farine panifiable la population. Mais les moulins broyaient aussi les céréales secondaires (orge, avoine) pour nourrir les animaux. 

Très souvent le moulin à grain disposait d’une annexe pour transformer en huile la noixou ou la noisette et plus encore la navette (une fleur jaune de la famille du colza).

On rencontrait aussi des foulons : dans une cuve pleine d’eau, on mélangeait la laine, le chanvre et de « l’argile à foulon ». La roue du moulin, grâce à l’arbre à cames, faisait tomber et retomber dessus un gros marteau, cela pendant trois jours. Il en sortait une « étoffe », les derniers temps assez médiocre, dont on faisait le feutre des chapeaux, l’épais manteau des paysans, et les couvertures des chevaux.

On rencontrera quelques moulins à papier ou à carton, et plus encore de moulins ayant pulvérisé la matière à faire le vernis des faïence, ce pourquoi on les appelait « moulins à faïence » ou « à blanc ».

Importance du travail du fer

Particularité importante de la vallée de la Nièvre : en raison de l’abondance de minerai de fer, des forêts fournissant le combustible des hauts fourneaux, et de l’eau pour faire tourner les roues, la vallée a connu un grand nombre de forges hydrauliques “industrielles”. La roue faisait tourner un “arbre à cames”, qui :

– Ouvrait les soufflets, 

– Faisait tomber un marteau sur le minerai pour une première épuration (c‘est alors un bocard ou patouillet),

– Faisait tomber le fameux gros marteau dit martinet sur la pièce métallique en fusion pour lui donner forme,

– Faisait tomber un marteau sur le “laitier” (résidu de la forge) ; le moulin s‘appelait alors “moulin à laitier” ou bocard à laitier.  Il fournissait un sable qu’on utilisait dans le moule des pièces métalliques, par exemple les canons (on parlait alors de moulin à sable). Mais ce sable, parfois nommé mâchefer, entrait aussi dans le soubassement des routes ou dans les digues des canaux.

Cependant, nous ne rentrons guère ici dans le détail du travail du fer, attendu que d’excellentes études lui ont été consacréesn notamment par Les Amis du Vieux Guérigny.

Notons toutefois que souvent un moulin est devenu une forge hydraulique et réciproquement ; ce sera indiqué aussi souvent que possible. En outre, les anciens parlaient volontiers de « moulins à fer ».

Les moulins à vent

La vallée de la Nièvre a connu quelques moulins à vent. Nous les citerons ici parce qu’en général ils étaient construits pour remédier au chômage auquel contraignaient les moulins à eau les périodes de sécheresse

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