Les Moulins des Nièvres

actualités historiques

Urzy et les communes à l’est de la Nièvre unifiée

Texte de Philippe Landry

Liste des moulins connus de moi, avec la date la plus ancienne d’existence que j’ai trouvée :  Le Vivier vers l’an 1000. 1075 fief de « Vieux Moulin » ; molendinum de Fossa 1130 (Contres) ; La Fosse (Moyen Age) ; Demeurs forge 1325 (moulin à Demur 1339) ; Breugne 1327 ; molendinum Albeys 1339 ; moulin Neuf 1392 ; Le Foulon : XIVe ; Le Greux : forge 1509  ;  Niffond 1509  ; Foulon de Chantemerle avant 1645 ; Luanges : moulin à blé XIVe, papeterie 1636 (création) ; Brayne XVIIe siècle ; Bocard vers 1800 ; Urzy moulin d’Ecorce 1840 ; Moulin de la Forge  1851. Moulin à pulvériser la chaux 1889, 2 en 1899 tenus l’un par M. Tort, l’autre par M. Boule.

Géographie

La plupart des moulins et autres usines hydrauliques d’Urzy ont été alimentés par les eaux de la Nièvre. Cependant il faut les citer en deux groupes :

. D’une part les établissements en amont du château des évêques de Nevers  chacun avait son bief : il s’agit de Contres au Moyen-Age, plus sûrement Demeurs puis Le Greu.

. D’autre part ceux en aval du château des évêques : Le Vivier, la Fosse et le Foulon de la Fosse, Luanges, tous les quatre furent sur le même bief ; celui-ci, qui commence en fait un peu en amont du château, dont il alimenta les douves, est long d’environ 3 kilomètres.

La Nièvre reçoit le Mussy à Contres, à la limite de Parigny les Vaux et Urzy. Une première difficulté : un moulin y exista, mais nul ne sait s’il tira sa force du Mussy ou de la Nièvre ; deuxième difficulté : ce moulin devint un haut-fourneau, mais celui-ci fut un jour transféré à La Fosse. Pour tout arranger, au Moyen-Age le moulin de Contres fut dit aussi de la Fosse : on peut se demander si le même nom « de la Fosse » n’a pas été donné à deux sites géographiques très différents, et très éloignés l’un de l’autre (c’est arrivé dans d’autres endroits).

Toutefois, les moulins que le Mussy a alimentés à Parigny, je les évoque dans notre premier cahier, celui de la Nièvre de Champlemy, car la plupart des ruisseaux de Parigny lui sont affluents.

La Nièvre reçoit sur Urzy un autre cours d’eau, celui qui descend de l’étang de Niffond, lequel est situé sur Varennes-Vauzelles, mais ses deux moulins, Niffond et Chantemerle, furent sur Urzy.

Les moulins d’Urzy avant 1789

Le moulin du Vivier est l’un des plus anciennement connus comme existant dans la Nièvre puisqu’il tournait déjà vers l’an 1000. On repère également à Urzy en 1075 un fief de “Vieux-Moulin », et en 1130 le moulin de la Fosse, dit aussi de Contres, qui aura une longue carrière. En 1173, le comte de Nevers donne à son frère, l’évêque de Nevers, des domaines comportant des moulins, dont Urzy (jusqu’à 1790 l’évêque y possédera au moins un moulin, principalement celui du Vivier). 1339 : un document signale un molendinum de Demurs (Ref : Chronique des évêques et des comtes de Nevers). Le Foulon existe aussi au XIVe siècle, son nom indiquant sa fonction probable ; Luanges dispose d’un moulin à blé également au XIVe. A Chantemerle apparaît aussi un foulon, noté en 1645. A Niphon un moulin est noté dès 1509. En 1509, à Demeurs, d’anciens moulins sont transformés en une forge hydraulique (Marteau Pilon, juillet 2000). Demeurs dispose encore d’un haut fourneau en 1679, de même que Chantemerle (Guy Thuillier dans Le Marteau Pilon 2010). 

Dans Images d’Urzy, Pierre Bornet et François Pommery écrivent à propos du XVIe siècle : « Deux forges sont implantées sur le cours de la Nièvre, l’une à Demeurs, l’autre au Greux. Elles seront alimentées par le fourneau de la Fosse près de Contres, remplacé en 1645 par celui de Chantemerle ». Ils repèrent un meunier à Niphon en 1695. Le panneau sur le site de Niphon rappelle que de Soultrait l’a trouvé fonctionnant en 1744.

Chantemerle, Demeurs et Le Greux tombent dans l’escarcelle de Babaud de la Chaussade en 1752. La carte Cassini, dressée dans les années 1750, indique à Urzy dans l’ordre sur la Nièvre les établissements hydrauliques suivants : Demeurs, Le Greu, Le Foulon, papeterie de Luanges, à quoi il faut ajouter Chantemerle sur le ruisseau descendant de Niphond (dont le moulin n’est pas indiqué). En 1760, à la Forge du Greux, 3 roues de soufflerie développent une puissance estimée à 36 cv (fascicule des Amis du moulin du Greux).

Le moulin de Luanges devient moulin à papier en 1636 (fichier des Archives Départementales). Catherine Morlon établit que deux maîtres papetiers viennent d’Ambert en Auvergne pour assurer le meilleur fonctionnement possible de l’établissement, avec un bel équipement : « Une grande chaudière en cuivre jaune à faire colle à papier pesant 96 livres et du prix de 70 livres, 2 bassines de cuivre rouge, 2 seaux en métal, un grand mortier à faire lessive, une cuvette à faire papier, 6 pièces de feutres qui coûtent 27 livres, 4 paires de formes avec les marque de fil d’argent, une grande chaudière de fonte de 303 livres et un demi-pesant de cordeau pour estendre en grenier et séchoir dudit moulin, et 2 presses à presser du papier ». La roue et les marteaux sont donc déjà en place. Rappel très sommaire du  fonctionnement d’un moulin à papier :

. Dans une cuve trempent et pourrissent des chiffons.

. La roue hydraulique fait tourner un arbre à cames, lequel fait tomber et retomber  dans la cuve, pendant plusieurs jours, des marteaux dont le bout porte des sortes de couteaux de façon à déchiqueter les chiffons ; ils parviennent à en faire une pâte.

. On fait chauffer cette pâte.

. Quand celle-ci présente une texture satisfaisante, on presse pour la purger de son excès d’eau.

. Puis on  la dispose dans un cadre, dit « la forme », fait à la dimension de la feuille qu’on souhaite obtenir ; on y mêle de la colle . La pâte est placée entre deux feutres. 

. Le moment venu on suspend à sécher la feuille de papier ainsi obtenue, dans un local traversé de courants d’air (c’est pourquoi on verra très longtemps au moulin de Luanges un étage à claires-voies, qu’on aperçoit sur cette photo prise autour de 1900).

Selon les dossiers B 335 et 339 des Archives Départementales, en 1760 et 1764 demeure à Urzy un « marchand de papier » nommé Jean Chauveau ; c’est probablement l’exploitant du moulin à papier de Luanges. Selon le 268B/6, la papeterie s’éteint semble-t-il dans la difficulté en 1768 ; le bras de Nièvre qui l’alimente (que les habitants du secteur appellent « le Roussy ») est encombré, surtout par les débris de chanvre, et les empellements sont détruits. Claude Chauveau, qui entreprend de le transformer en moulin à blé en 1771, se plaint auprès de la Maîtrise des Eaux et Forêts (qui s’occupe de l’ancêtre du règlement d’eau), évoquant notamment son voisin en amont le moulin du Foulon. L’intérêt du dossier est qu’il précise que Claude Chauveau dispose de «4 pales» (!). Le dossier 36J17 des mêmes Archives Départementales indique que la roue est haute de 9 pieds (2,70 m).

En 1775, La forge du Greux est particulièrement performante car une seule roue suffit à faire marcher 3 martinets ; certains des bâtiments actuels semblent de cette époque puisqu’un linteau porte la date 1766 (Bornet et Pommery).

En 1780, Bornet et Pommery notent un « pionnier » au moulin du village de Contre), et en 1781 un « meunier au moulin de la Papeterie », donc à Luanges. En 1783, ils notent un « meunier au moulin du château d’Urzy » et un « au moulin de l’Evêché » : cela me paraît impliquer qu’il y a deux moulins aux abords du château des évêques, dont un est le Vivier. Ils citent encore en 1788 un foulonnier au foulon de la Fosse.

En 1781, Babaud de la Chaussade vend au roi la plupart de ses usines, dont celles d’Urzy, à savoir la forge de Demeurs, le fourneau de Chantemerle avec son étang, la forge du Greux et le moulin de Nifond avec son étang.

Dans son livre sur Coulanges, Nicole Demet évoque un moulin de Braynes installé au XVIIe siècle à Pont-St-Ours mais, pense-t-elle, dans la partie de ce lieu-dit plutôt côté Urzy.

Pendant la Révolution de 1789

A la révolution de 1789, les biens de l’Église étant nationalisés, tous les biens de l’évêché à Urzy, dont le moulin deviennent propriété de l’État, qui les vend au sieur De Neuchèze. Quand il émigre, le moulin est à nouveau confisqué par l’Etat. Mais la famille conteste que réellement le noble ait émigré. De ce fait le moulin n’est pas vendu : on sait seulement qu’il est affermé 700 livres par an, ce qui témoigne que c’est plutôt un établissement considérable (dossier 1Q1452 des Archives Départementales).

  • Le moulin de Luanges est acquis aux enchères par Leblanc de Lespinasse pour 11 188 livres, indique Catherine Morlon. Il est affermé aux meuniers Pierre Dubois en 1800 puis Jacques Fraubert en 1803. C’est un établissement considérable puisqu’il comprend un foulon. Le bail, dont Catherine Morlon a trouvé diverses versions, comprend de nombreuses contraintes pour le meunier, notamment concernant l’entretien des locaux et des dépendances, y compris les terres en culture et les prés, qu’il lui appartiendra d’« étouper »; il y a aussi des contraintes quant au libre passage des bêtes appartenant au propriétaire. Le meunier doit un fermage de 780 F par an, payable en deux fois, plus des dons en nature rappelant l’ancien droit féodal : 6 canards, 4 paires de poulets, 24 boisseaux de blé, « 12 livres de filasse de lin bien préparées ». Les impôts fonciers dus par le propriétaire sont à régler par le meunier, qui toutefois les déduira de son fermage. Au cas où Jacques Fraubert viendrait à mourir, le bail prévoit aimablement les contraintes qui pèseraient sur sa veuve.
  • M. Bornet a trouvé un document du 8 vendémiaire de l’an IV  montrant que la sécheresse contraint les moulins à blé d’Urzy à ne travailler que 3 jours par décade (période de 10 jours). Puis il apparaît qu’en amont les forges retiennent trop d’eau. Le district leur ordonne de laisser passer suffisamment d’eau pour que les moulins à blé d’Urzy travaillent tous les jours afin de nourrir la population.    

1ère moitié du XIXème siècle

Les matrices cadastrales (Archives Départementales dossier 3P 300/2) n’ont pas forcément l’avantage de la clarté, mais voici ce que j’y ai trouvé.

A une date non indiquée, Urzy a possédé un bocard évalué 150 revenu 15, un fourneau évalué 1500 F, 3 forges évaluées ensemble 3 300, 2 foulons évalués 800, 3 moulins à eau évalués ensemble 1400.

Les Forges Royales de la Chaussade possèdent en 1830 :

. Niffon : moulin plan 157, 325 F de revenu en 1830, plus tard 325 puis 533,81 (dates non indiquées). Il passe en 1834 à Barbat Simonin, domicilié à Nevers, puis à Couturier puis en 1870 à Massé Paul. 

. Le Fourneau de Chantemerle : plan 1, 1500 F en 1840.

. La Grosse Forge de Demeure, plan 8, revenu 1500 en 1840.

. Le bocard plan 10, revenu 150 en 1882 (il est à Demeurs).

. Le Greu forge plan 300 revenu 600, et martinet du Greu plan 306 revenu 1 200 en 1840. En 1875 est démolie la forge plan 300. 

Les établissements conservés quelques temps par les Forges de la Chaussade :

En 1839, écrit Berthiau dans Le Marteau Pilon 2017, l’usine à fer de Chantemerle a une roue à godets de 5 chevaux, celle de Demeurs un « bocard médiocrement ajusté » et une roue de 3,5 chevaux, et celle du Greux une roue de 7 à 8 cv. Le fourneau de Chantemerle ferme en 1844. Une annonce dans le Journal de la Nièvre le propose à la vente en 1851 : elle indique qu’il comprend un moulin bocard à faire sable.

Les moulins ne travaillant pas le fer sont :

. Le moulin de Niffon ou Niphond. En 1833, son revenu global (avec les dépendances telles 12 ha de terre) a été en 1832 de 863 F, ce qui a généré des impôts de 113 F. 

. Le Moulin du Vivier : M. de Neuchèze possède le « moulin d’Urzy » plan 163, revenu 600 F. C’est un ensemble intéressant avec donc le moulin (une roue, rouet de fosse, deux meules et tous les agrès, écuries, étables, aire de grange), « biez », plus un bâtiment de « boulangerie », un toit à porcs et un poulailler. Il est affermé à M. Edme Bernard, « cultivateur », donc peut-être quelqu’un qui le sous-afferme à un vrai meunier. Le contrat de bail précise qu’il doit 863 F par an, mais en plus qu’il fait son affaire des impôts sus-évoqués. Le document précise qu’au lendemain de la révolution de 1789, le moulin et ses terres étaient évalués 13 912 F, mais depuis de nombreuses parcelles lui ont été ajoutées, ce qui porte la valeur du capital à 27 093,33 F. 1836. Il passe à Pinard en 1836, puis Soyer Jacques, mais pour ce dernier (qui opère une démolition puis une reconstruction) le « moulin d’Urzy » est  plan 165.

La Fosse : Morisot Antoine, demeurant à Coulanges, possède le Moulin de la Fosse, plan 242, en 1826, revenu 325, tandis qu’en 1835 Pierre Dubois, meunier, apparaît comme possédant le Foulon de la Fosse avec sa maison, plan 241, revenu 325.

A quoi s’ajoute le moulin de Luanges.

fiche sur les moulins à blé d’urey – enquête nationale de 1835-36 AD série M


M. Bornet a mis la main sur les plans des moulins d’urey de cette époque-là.

plan trouvé par M. Bornet
2ème moitié du XIX§me siècle

Jean Barreau meunier domicilié à Coulanges possède en 1853 les deux unités  :

. maison et foulon de la Fosse plan 241 revenu 1216,59 en 1853.

. maison et moulin plan 242 revenu 325.

Mlle Leblanc-Lespinasse : possède le Foulon plan 150 lieu-dit La  Papeterie (donc Luanges), revenu fiscal net 200 F en 1825, qu’elle détruit, et le « moulin-maison » plan 261.

 En 1859, Le Journal de la Nièvre fait état de la faillite de Victor Lebas, meunier à Luanges.

Dans les années 1870, l’État entreprend à nouveau de débarrasser les Forges de la Chaussade de certaines usines,  dont les forges de Demeurs et du Greux, évaluées respectivement 17 000 et 16 000 F. Il le fait notamment savoir par une annonce dans Le Journal de la Nièvre en 1874 concernant l’usine du Greux (pour Demeurs, la vente à Lambiotte est en cours). Si les ateliers du Greux semblent en fait ne plus marcher, ils n’en disposent pas moins d’une force hydraulique estimée à 20 chevaux. L’usine est achetée vers 1878 par les frères Edme et Philippe Bernard, du moulin du Foulon à Urzy. Toutefois ils cèdent assez rapidement l’affaire à la famille Barreau. Dommage que le plan dressée en 1872 en vue de la vente ne soit pas très clair ; je préfère celui de Demeurs (dossier 2Q 80 des Archives Départementales).

Forge de Demeurs image agrandie
Les moulins en concurrence

Au milieu du siècle, la concurrence est rude entre les moulins à grain ; ils font volontiers intervenir l’administration les uns contre les autres, s’accusant de provoquer des inondations de prés, voire de chemins.

Les frères Bernard mènent longuement le moulin du Greux, auquel un règlement d’eau est notifié par arrêté préfectoral du 3 juin 1879. La modification du système hydraulique suscite bien des hostilités chez les voisins, menant les frères Bernard à se justifier plusieurs fois auprès du préfet, d’où des lettres dont je retiens cet en-tête.

Lettre Bernard

En 1858, M. Soyez, par ailleurs fabricant de limes, possède le moulin d’Urzy (Le Vivier). Il dispose d’un bief « creusé de main d’homme », et d’un barrage 30 mètres en amont. 

M. Pierre Barreau possède le groupe du moulin de la Fosse et de celui dit Foulon de la Fosse. Celui de la rive droite du bief travaille le blé, et celui de la rive gauche le tan. L’ensemble est assujetti à l’arrêté préfectoral du 10 décembre 1862 portant règlement d’eau.

Plan La Fosse

Le même dossier contient le plan d’une roue du moulin de La Fosse

Roue La Fosse

La famille Leblanc de Lespinasse possède le moulin de Luanges. Un règlement d’eau lui est notifié par arrêté préfectoral du 29 juin 1863.

Moulin de Niffond

En 1860, Le Journal de la Nièvre annonce que sont à vendre les château et propriété de  la Brosse, dont le moulin de Niffon ainsi décrit : à blé, couvert à tuiles et bois, une roue à augets, 1 paire de meules, logement du meunier à tuiles, boulangerie avec four séparée. Il n’a toujours qu’une seule paire de meules en 1873.

En 1883 est à affermer le moulin de Nifond, « entièrement remis à neuf ». Il est le théâtre d’un surprenant incident en 1885 : un chien enragé, pris en chasse depuis Guérigny, se réfugie dans la grange ; les chasseurs l’encerclent, dont le meunier et son ouvrier ; comme ils ne sont pas des tireurs d’élite, c’est le moins qu’on puisse dire, il leur faut plusieurs minutes pour arriver à tuer l’animal. Malheureusement l’article ne précise pas le nom du meunier (Journal de la Nièvre, 19 juin).

Le Greu

En 1884 la minoterie du Greux, devenue importante, est victime de nombreux vols de sacs de farine, « à grande échelle », au moins 3 ou 4 fois par semaine. Le vol s’opère semble-t-il la nuit. Les frères Bernard avertissent les gendarmes et montent une embuscade la nuit du 28 au 29 octobre 1884. Bien vu, car vers minuit se présente une voiture à cheval, suivie d’une autre. Les cambrioleurs sont deux. Ils entrent dans le moulin aussi facilement que le dit le proverbe car l’un des individus a une clé. On les laisse prendre les sacs, les charger sur les véhicules… Soudain l’un des frères Bernard surgit, fusil à la main : il somme les voleurs de se rendre. L’un tente de filer : il tire, le blesse, le gars tombe. Les gendarmes accourent, arrêtent les deux malfaiteurs. Le blessé n’est autre que Pierre Fèvre, 25 ans, le propre garçon-meunier qui n’a pas eu beaucoup de mal à obtenir une clé. Son complice : Eugène Pétiaux, 35 ans, qui  se définit comme brocanteur en grains (!), autrefois employé au moulin. Ils avouent avoir dérobé dans les 45 à 50 sacs. On trouve 80 sacs de farine chez Pétiaux. Aux assises du 24 février 1885, ils comparaissent pour « vol qualifié » et concernant Fèvre pour « abus de confiance », avec un troisième larron, François Champeau, ancien charretier au moulin, qu’ils accusent d’avoir participé aux bénéfices. En fait rien ne sera établi contre ce dernier : Pétiaux trinque de 6 ans de réclusion et Fèvre de 4 ans d’emprisonnement (ce dernier obtient des « circonstances atténuantes »), plus pour tous deux 2 000 F de dommages-intérêts envers les frères Bernard  (Journal de la Nièvre).

Le Journal de la Nièvre du 8 août 1886 annonce la faillite des sieurs Edme et Philippe Bernard, « meuniers et fabricants de farine demeurant au moulin du Greux, ainsi que de la société en nom collectif existant entre les deux susnommés, sous la dénomination de « Bernard frères ». Le 21 novembre, il annonce une séance de vente aux enchères au moulin même de divers biens des frères, à savoir 3 juments, 3 chevaux et un poulain, 2 vaches, 7 carrioles, 2 voitures à 4 roues, un chariot, un tombereau, provision de foin, betteraves, paille… Le 26 novembre est annoncé la vente aux enchères du moulin ainsi décrit : « maison d’habitation comprenant 2 chambres à feu, cave dessous, grenier dessus ; un corps de bâtiments à 3 étages comprenant tout le mécanisme du moulin, avec ses agrès, tournants et accessoires, 5 paires de meules ; un autre bâtiment servant de magasin, hangar et écuries ; un autre petit corps de bâtiment comprenant une petite chambre et un hangar… » plus des terres et prés. Cette séance est reportée au 28 février 1887 : il est alors précisé que la mise à prix est de 37 444,62 F ; les frères Bernard sont cette fois définis comme « meuniers ».

Moulin du Greux – Bernard Frères

Le moulin du Greux tombe dans l’escarcelle de la famille Barreau. C’est à cet époque qu’est dressé ce plan du moulin du Greux.

Plan du Moulin du Greux

En 1897, Pierre Barreau, meunier, au Greux, revenant d’une livraison à Prémery avec trois « voitures de roulage », est victime d’un accident : il est renversé par une autre voiture à cheval qui arrivait trop vite. Il s’en tire avec une fracture du poignet, tandis que son cheval, affolé, se met à courir, et ne sera arrêté qu’à Guérigny. 

Moulin du Vivier

Le revenu fiscal net du moulin du Vivier est porté à 1 000 F en 1861.

En 1868, le moulin du Vivier appartenant encore à M. Soyer, le changement de meunier se passe mal d’un Barreau à l’autre (on verra à Nevers que d’aucuns membres de cette famille sont volontiers procéduriers). François, qui a succédé à son frère Philibert, l’attaque en justice. L’affaire vient à deux reprises devant la 2ème chambre du tribunal civil. Le greffier doit aimer les chats car son écriture ressemble à la leur ; je crois comprendre que Philibert n’a pas achevé son bail et que François a pris sa suite, avec obligation de verser à M. Soyer ce qu’il lui devait, soit 2 300 F ; en outre Philibert a vendu à François une bonne partie du matériel utilisé appartenant au meunier, mais François en conteste la valeur. Il estime celle-ci à 8 290,99 F. Or il a versé à Philibert 7 000 F pour prendre sa succession. Total déboursé par François : 8 290,99 + 2 300 = 10 590,99 F. Or encore François se déclare contraint de changer du matériel d’urgence, ce qui augmente son débours, suite à quoi il réclame à Philibert 2 894,39 F. Au cours de la première séance devant la 2ème chambre, François obtient gain de cause pour cette somme, mais Philibert obtient du tribunal qu’il réexamine l’affaire toujours en première instance, avant même que la cour d’appel soit saisie ; lors de la 2ème séance, la dite 2ème chambre réduit la somme due par Philibert à 1 254,13 F. Il y a de bonnes chances qu’un des deux Barreau ait poussé l’amour fraternel jusqu’à interjeter appel (AD, dossier 3U5/425).

En 1895, c’est au tour de M. Auguste Barreau, meunier au moulin du Vivier, de faire faillite. La liquidation par vente aux enchères a lieu le 16 novembre. Le Journal de la Nièvre précise qu’il s’agit d’un moulin à blé « construit sur l’emplacement d’un ancien moulin ». Il comprend 3 paires de meules avec tous ses « nettoyages, bluteries, tournants, virants, agrès et ustanciles » ; « l’emplacement d’un ancien moulin démoli par M. Barreau père »… Il y a grange, écurie et toit à porcs, terres diverses. Mise à prix  5 000 F. 

Moulin de la Fosse (La Fosse et le Foulon)

Le moulin de la Fosse appartient en 1862 à Pierre Barreau, composé d’un moulin à blé rive gauche et rive droite d’un moulin à tan broyant l’écorce pour en extraire le tanin grâce auquel une tannerie transformera les peaux en cuir. Mais son voisin M. Soyer, propriétaire du « moulin d’Urzy », demande au préfet de lui imposer un règlement d’eau en l’accusant de provoquer des remous qui gênent ses roues motrices (trouvaille Bornet). Le dossier aux Archives Départementales notaire Me Col 3E27/15 montre que la même année 1862, son propriétaire Pierre Barreau, qui tient un autre moulin plus important, a affermé celui dit du Foulon, composé d’une seule paire de meules, à un meunier qui n’a pas réussi, suite à quoi il l’afferme à son garçon meunier Robert ; le montant du fermage est illisible, mais un paragraphe précise que Pierre Barreau se réserve le droit de faire moudre gratuitement tout ce dont il a besoin, pour lui et ses domestiques (curieuse survivance féodale). 

En 1875, le moulin du Foulon appartient à Louis Lacour, qui fait savoir par annonce publicitaire dans Le Journal de la Nièvre qu’il y pratique « moulage des grains et battage à trèfle ». En 1881, le même quotidien annonce que ce moulin est à affermer, avec 2 paires de meules.

En 1889 et 1890, le propriétaire du moulin du Foulon cherche à l’affermer.

Luanges

Le revenu fiscal net du moulin de Luanges est de 525 F en 1861.

Les dossiers de la série M des Archives départementales (notamment le M 6335) relatifs à la situation industrielle et commerciale dans l’arrondissement indiquent à Urzy :

. En 1884 : 4 moulins à farine employant 8 ouvriers payés de 2,50 à 4 F par jour. La journée de travail varie de 12 à 16 heures selon les spécialités.

. En 1885 ces quatre moulins font travailler 10 ouvriers payé 3,50 F par journée de 16 heures. 

. Toutefois en 1891, plus que 3 moulins, employant ensemble encore 10 ouvriers. Et en 1892, certains moulins doivent être en travaux puisque le maire n’en indique que 2 en activité, employant 2 ouvriers payés de 100 à 80 F par mois pour 12 heures de travail par jour. Cela suggère que certains moulins doivent être en travaux de modernisation.

Le dossier 2P 627 des Archives Départementales désigne les exploitants suivants en 1889 :

. Louis Lacour (successeur : Petaut) meunier au Foulon, « exploitant un moulin à farine et un moulin à tan », 2 paires de meules et 5 pilons, paiera 144,07 F d’impôts (il payait 24,95 F en 1881)

. Tort Jacques fils, domicilié à St-Martin d’Heuille, fabricant de chaux naturelle, possède un moulin à pulvériser la chaux ; il paiera 151,03 F

. Jacques Bedet, meunier à Niffon, paiera 13,19 F.

. Les frères Bernard Edme et Philippe payent ensemble 299,21 F pour leur moulin du Greu, et chacun 9,31 F en plus. 

. Moute, meunier à Luanges, doit 40,35 F. 

Pour 1890 sont précisées les « taxes personnelles » : 

. Pierre Barreau meunier au Greu 7,93 F.

. Pierre Petaut « exploitant de moulin à farine » 5,35 F.

. Auguste Barreau meunier au Vivier 5,35 F.

En 1899, dans leur liste des  commerçants et artisans d’Urzy, Bornet et Pommery recensent « 2 marchands de farine en gros » : «P. Barreau, Pesle » (en fait les minotiers des grands moulins du Greux et du Vivier), un « moulin » tenu par Lauverjat, « les moulins à chaux : Tors, Boulé ». 

En 1898, les meuniers d’Urzy écrivent au préfet, sur papier à en-tête Pierre Barreau, négociant au moulin du Greux, pour se plaindre que l’usine de Guérigny avec ses grandes roues hydrauliques, retient trop d’eau (trouvaille Bornet). 

Au XXème siècle

Bornet et Pommery écrivent aussi que vers 1900  : « En amont d’autres moulins étaient implantés dans ce secteur : les deux du Foulon (un à blé, l’autre à tan où l’on broie les écorces de chêne) et celui du Vivier, jadis moulin des évêques) ». 

M. Lauverjat est propriétaire et meunier du moulin du Foulon. Le 5 juin 1900, le Journal de la Nièvre annonce que lui et son fils ont eu un grave accident : M. Lauverjat et un riche propriétaire local, M. Lafranchise, viennent de signer le contrat de mariage du fils du meunier avec la fille de M. Lafranchise ; on s’entend tellement bien qu’on fait une petite virée en voiture à cheval, et qu’on fête quelque peu dans un café de Pougues. On rentre en direction de Nevers par la fameuse côte de Pougues, déjà célèbre pour son côté dangereux. Or dans la descente le cheval s’emballe, se met à foncer à bride abattue, et bientôt la voiture verse. M. Lafranchise est tué sur le coup, les autres passagers sont gravement blessés, notamment le meunier et son fils à la tête. C’est peut-être ce qui mène la famille Lauverjat à chercher à louer le moulin du Foulon, comme l’expose une annonce de la Tribune républicaine du 7 janvier 1901 : « A louer de suite propriété du Foulon » comprenant un bâtiment d’exploitation « pouvant servir à un moulin ou à toute autre industrie » et une ferme agricole.

En 2019, il ne reste rien de meunier sur ce site (Catherine Morlon précise que le toit du foulon s’est effondré en 2006, suite à quoi il n’en reste qu’une ruine peu évocatrice.

Bornet et Pommery proposent d’intéressantes photos du moulin de Luanges à l’époque. Ils précisent que ce moulin de Luanges ferme en 1914. 

Luanges – photo vers 1900 – auditeur inconnu

Le moulin de Luanges forme en 2019  une demeure privée  plutôt jolie, mais le grand moulin a été démoli à une date inconnue. On distingue encore l’ancien petit bief et les ruines d’un atelier, aux curieuses caves voûtées.

En ce début de siècle, Pierre Barreau fait de son grand moulin du Greux plus un établissement de commerce qu’un moulin ; le livre de Bornet et Pommery contient une sorte de carte de visite ainsi rédigée : « Moulin du Greux. Pierre Barreau négociant à Urzy » ; il a le téléphone (depuis 1898 ou 99), c’est le numéro 3 à Urzy. Les matrices de Coulanges série 2P 145 et 146 indiquent un de ses habitants, Pierre Barreau Lebon, lequel tient un moulin à Urzy : de 1908 jusqu’à 1922, revenu fiscal net 547,50 F, puis 1 912,50 F en 1926, 1 612,50 F, et en 1931 1 682,50. Puis Louis Abel Barreau perçoit pour revenu fiscal net 1 612,50 F en 1936, puis 917,50 F  en 1938.

Moulin du Greu

La Tribune Républicaine relate ceci en juillet 1907 : le farinier M. Petit travaille non loin des engrenages et des courroies d’entraînement en portant une blouse comme ont beaucoup de gens du Nivernais à l’époque, un peu ample. Hélas elle est si ample qu’une courroie la happe, l’ouvrier est emporté vers les machines. Heureusement un de ses collègues a le réflexe de débrayer la poulie avant que le bras ne passe dans une machine : M. Petit s’en tire avec des contusions et une épaule démise.

Moulin du Greu -carte postale

Le dossier 2 P 627 des Archives Départementales indique en 1908 comme revenu fiscal net de la propriété bâtie : Auguste Barreau meunier au Vivier 1 395, puis 1 452 en 1909 puis 2 175 en 1910. Auguste Pesle (gendre Barreau)  meunier au Vivier 221,25 en 1912. Pierre Barreau Lebon, meunier au Greux, 2745 en 1908, 3 429 en 1912. 

On note la disparition des moulins de Luanges, de la Fosse et de Niffond.

Mais que Pesle et Barreau soient de la même famille par alliance n’empêche pas la chamaille. En 1908, Pesle veut remplacer son barrage en pierre par un autre en maçonnerie. Dès le début des travaux commencent les bisbilles. Pierre Barreau écrit au préfet qu’il déclare s’opposer « à la construction du barrage fixe construit par M. Pesle sur la rivière de Nièvre en aval de mon moulin »… « Ce barrage obstrue plus de la moitié de la rivière et me cause en temps de crue un remous qu’il m’est préjudiciable ». Des riverains visiblement bien informés se plaignent également du barrage de M. Pesle : « Ce barrage comporte une longueur de 16 m correspondant à la largeur de la rivière en ce point et une hauteur de 0,50 m au-dessus d’un haut fond sur lequel il repose. C’est donc une section de 8 mètres carrés au minimum que M. Pesle se propose de retrancher de la section d’écoulement des hautes eaux. » C’est d’une trop grande qualité technique pour que ces voisins ne soient pas aiguillonnés par un connaisseur ; il s’appellerait Barreau que je ne serais pas étonné. Ci-après un document photographié aux Archives départementales, série M, dossier relatif à 1917). 

Document Pesle & Gentil – AD –

Un petit fascicule diffusé il y a quelques années par l’Association des Amis du moulin d’Urzy précise que les Barreau ont équipé l’établissement de deux turbines et d’un moteur à gaz pauvre en 1910.

Le Greux vu du ciel photo d’un auteur inconnu exposée au moulin en 2018

En 1917, Urzy dispose de deux grandes minoteries, celle de Pierre Barreau au Greux, susceptible de produire 150 quintaux par 24 heures, et au Vivier les associés Pesle et Genty, 85 (dossier M des Archives Départementales). 

Le 2 P 627 indique comme revenu fiscal net en 1917 : Auguste Barreau 2415 mais barré sur la ligne 1917 ; Pierre Barreau Lebon meunier 3 429 mais barré en 1917 ; Pierre Bernard meunier 52,50 ; Auguste Pesle meunier 221,25. Mais Genty m’a échappé. On peut penser que les meuniers étant mobilisés, les moulins ont vivoté.

Lettre Barreau 1922

Bornet et Pommery écrivent : « En 1919, le propriétaire du moulin du Vivier achète un camion américain à roues munies de bandage (12 km/h) remplacé plus tard par des pneus (32 km/h). Le chauffeur l’utilise pour livrrer la farine (sacs de jute de 100 kg), mais aussi pour collecter du grain dans les fermes. » La maison a un grand secteur d’activité puisque le camion va jusqu’à Châtillon en Bazois. « Le camion a remplacé les carrioles (voitures à deux roues) qui pouvaient transporter chacune 23 sacs ». (Voir les photos dans le livre).

Ils livrent une photo du moulin de Niffond en ruines, le style de la robe de la dame au premier plan suggérant les années 1920, voire encore plus tard.

Les années qui suivent la fin de la Grande Guerre sont difficiles car les prix connaissent une hausse formidable, frappant durement la population, laquelle consomme encore énormément de pain : or cette inflation concerne fortement la farine, donc le travail des meuniers. L’une des raisons pour laquelle cette formidable inflation née pendant la guerre se poursuit, c’est que dans le nord-est de la France, on ne peut remettre très vite en bonne culture toutes les surfaces destinées au blé, ce qui contraint notre pays à en importer de grandes quantités, cela avec un coût élevé.  Or le 27 août 1921 , M. A. Pesle, qui vient de se retirer de la direction du moulin du Vivier, qu’il a laissée à son gendre Genty, publie une lettre à ce sujet dans La Tribune Républicaine. Outre l’intérêt du raisonnement en soi, on peut percevoir quelque peu la personnalité de ce M. Pesle. Il établit le prix de vente du quintal de farine à 82,50 F, et propose que, après passage chez le boulanger, le prix du pain, alors de 0,80, soit diminué de 0,20 F.

« Le minotier qui fait seulement 100 quintaux par 24 heures et c’est le petit nombre, s’offre un petit bénéfice journalier, en plus de son bénéfice normal, d’environ et au moins 1 400 F par jour. On peut appeler ça un bénéfice illicite ; avant la guerre, on faisait de la mouture à 1,50 F le quintal, aujourd’hui, on prend sur le dos des agriculteurs, ou plutôt sur celui des consommateurs, plus de 20 F par quintal.

Le geste à faire est par nos dirigeants. ». On ne peut pas dire que l’ancien minotier Pesle défende ses successeurs.

Quelques jours après, le fameux Jean Locquin, député et conseiller général de gauche, publie, dans la même Tribune républicaine, un grand appel pour que minotiers et boulangers sont contraints de baisser leurs prix, quitte à rogner leurs bénéfices. Cet appel repose en bonne partie sur les observations de M. Pesle.

Malheureusement l’inflation est tellement forte que nul ne peut se retenir d’augmenter ses prix de vente. En 1921, aussi bien Roger Barreau du moulin du Greu qu’Auguste Genty au Vivier sont traduits en justice pour avoir vendu leur farine au-delà de la limite qu’avait fixée l’arrêté préfectoral. L’un des arguments que fait valoir M. Barreau pour sa défense est qu’il doit aller chercher de plus en plus loin du blé à moudre, attendu que les minotiers se le disputent, ce qui évidemment ne manque pas de faire monter les coûts de revient. Dans une lettre non datée, il livre une liste de ses fournisseurs, dont d’aucuns à Issoudun, Azay le Rideau, Vitry sur Loire, Sancerre, etc., en tout cas la plupart situés hors de la Nièvre.

Après 1918, le 2p 628 indique le revenu fiscal net des exploitants de moulin :

1922 : Louis Abel Barreau meunier au Greux 3 429 en 1922, 10 034 en 1926. Pierre Lebon subsiste mais ne déclare pas de revenu. Pesle Auguste meunier du Vivier 2 225, mais barré car « rentier », Gentil meunier du Vivier 2 415 F

En 1927 Louis Abel Barreau a 10 035 F de revenu fiscal net puis 10 099 en 1929. Gentil Auguste meunier au Vivier a 5 565 F de revenu fiscal net.

1931 Louis Abel Barreau 10 099 F (avec plusieurs machines à cylindres de 0,60 et 0,45 m. Gentil Auguste meunier au Vivier 5565 (avec plusieurs machines à cylindres de 0,50, 0,70 et 1,05 mètres. Tous deux achètent le blé, ce qui les confirme comme minotiers de commerce, ce qu’ils étaient avant même 1914.

1936 Louis Abel Barreau 10 346 F de revenu fiscal net. Gentil Auguste meunier au Vivier 5565 F.

Le dossier M5573 des Archives Départementales indique deux grands moulins à Urzy, à la capacité de production en 24 heures supérieure à 10 quintaux, tous à cylindres : Le Greux à M. Barreau 150 q bientôt portée à 170 ; Le Vivier à Auguste Genty 100 q porté à 150.

En 1934 les meuniers du Vivier et du Greux sont respectivement MM. Barreau et Genty.

La loi de 1934 et les décrets de 1935, pris dans le but de limiter la surproduction industrielle qui se manifeste en France suite à la crise de 1929 aux Etats-Unis, définissent la quantité maximale que peut moudre chaque moulin : pour le Greux 65 940 quintaux par an alors que sa capacité est de 75 000, et au Vivier 30 190 contre une capacité de 36 000.

Dans les annuaires de la meunerie après 1945, on note : 

1947 : Barreau frères Moulin du Greux : contingent 65 943 quintaux, machines marchant à l’hydraulique et à l’électricité. Le moulin est donc classé en catégorie 6.

Sté du Moulin du Vivier, contingent 30 198, hydroélectricité et moteur mixte. Classé en catégorie 4.

1951 et 1956  idem. La société du Moulin du Vivier devient Sté Gentil et Cie.

En 1955, Ferdinand et Louis-Pierre Barreau équipent le moulin d’une circulation par pneumatique.

Sac Barreau
Ma visite au moulin du Greux du 20 octobre 2018

Membre de l’association Moulins du Morvan et de la Nièvre, propriétaire d’un moulin de St-Léger-Vauban qu’il a équipé de turbines, Régis Boutry vient d’acquérir l’ancien moulin du Greux à Urzy. Le grand bâtiment, il envisage d’en faire un ensemble de logements. Régis a organisé une pendaison de crémaillère le 20 octobre 2018. Nous étions plusieurs adhérents de l »association Moulins du Morvan et de la Nièvre à y participer. Nous avons pu visiter le site et les anciens locaux. Le précédent propriétaire nous a exposé où étaient les ateliers au temps où le moulin du Greux était une forge hydraulique. Le grand moulin à blé que l’on peut observer ne fut construit qu’à la fin du XIXe siècle : on le reconnaît quelque peu avec ses fenêtres à fronton arrondi et à parement de briques, assez typiques de l’époque. Il reste d’autrefois à l’extérieur quelques vannes sur le bief (la Nièvre est assez loin) ; à ce propos, le bief est très long, au moins 800 mètres. En fait il commence à l’ancienne usine de Demeurs, dont le site hébergea un moulin autrefois. A l’intérieur sont essentiellement les  turbines, ainsi qu’une génératrice. 

Salle des Turbines Moulin du Creux

En haut un reconnaît un ancien blutoir, très long, aménagé dans la charpente elle-même, ce qui fait que lorsque tout le matériel a été dispersé, il n’a pas été démonté. 

Le Greu – Blutoir dans la charpente

La petite fête m’a permis de rencontrer des gens très intéressants, dont Mme Nicole Barreau, veuve de Ferdinand Barreau, mort étouffé dans la chambre à farine le 14 mars 1963. Le Journal du Centre annonça ainsi cette tragédie : « Le minotier Ferdinand Barreau tombe dans une chambre à farine et périt asphyxié. Il avait 42 ans. » L’article précise l’heure, 7 h 45, et le lieu, le 3ème étage du moulin. M. Barreau était monté inspecter ses chambres à farine ; il s’agit de « coffres géants, ayant 12 mètres de haut, et une section d’environ 3 mètres sur 4 , où la farine descend et se stocke en attendant d’être ensachée en bas, selon les besoins. En haut, des trappes munies de couvercles à crochets, mesurant chacune 83 cm sur 68 de large, permettent d’examiner l’intérieur de ces véritables tours.  Celle qui intéressait M. Ferdinand Barreau était pratiquement pleine. La masse de farine y atteignait une hauteur de 10 mètres, ce qui représente environ 180 quintaux. »

Lorsque M. Barreau a ouvert une trappe, un crochet a cédé, et le couvercle a commencé à tomber dans la chambre à farine. M. Barreau a tenté de le retenir, mais il a perdu l’équilibre, et il a chuté dans la farine, à quelque 1,70 m. Il s’est débattu pour en sortir, mais la farine était d’une grande finesse, très poudreuse, et plus le malheureux gesticulait, plus il s’enfonçait, comme un noyé dans des sables mouvants. Cela durait bien depuis 10 minutes lorsque son frère Louis s’est aperçu du drame. Les pompiers ont remonté le corps, puis les médecins ont tenté de ranimer l’accidenté. En vain. L’article précise que M. Ferdinand Barreau, très actif, comptait de nombreux amis.

A la suite de cette tragédie, Mme Barreau a mené quelques temps le moulin avec l’aide d’un beau-frère et d’un minotier professionnel, mais elle a été contrainte de le fermer en 1970.

Photo du moulin du Greux

Mme Nicole Barreau m’apprend que les Barreau du Greux descendent du fameux Adrien Barreau, qui tenait un moulin à Nevers en 1850 (et dont nous avons jadis parlé dans notre bulletin consacré aux moulins de Nevers ; ce sera repris dans notre cinquième cahier des moulins des Nièvre). Adrien eut deux fils, dont Joseph, qui s’illustra au moulin de Pont-St-Ours dont il publia une longue description dans un Journal de la Nièvre (nous y reviendrons dans le quatrième cahier), et Guillaume, ancêtre de Ferdinand.

Photo du moulin du Greux

Curiosité au cours de notre conversation : Mme Nicole Barreau m’apprend qu’elle est fille d’un imprimeur. Je lui dis que ça me rappelle quelque chose : lors de l’exposition de menus illustrés qui s’est tenue à la Médiathèque municipale de Nevers, était affiché un joli menu en forme de losange relatif au mariage du fils d’un meunier avec la fille d’un imprimeur. « C’était moi » me dit-elle. Nous commentons assez longuement le fameux menu.

Menu du mariage
La fin du Moulin du Vivier

Les photos suivantes montrent comme le Vivier fut un grand moulin. Il poursuivra longtemps sa carrière sous le successeur de Gentil, M. André Taupin, un maître technicien inventeur de divers appareils de meunerie, puis le fils de ce dernier. C’est celui-ci qui ferma le moulin en 2002, non sans une grande amertume. Le nouveau propriétaire a fait de l’immense moulin un ensemble de logements (c’est le cas lors de mes photos ci-dessous, de 2019).

Moulin du Vivier vu de face
Moulin du Vivier vu de côté

NB : Je remercie vivement :

. M. Champmartin d’avoir mis à ma disposition les dossiers de M. Bornet ; les photos que j’utilise viennent de ces dossiers.

. Mme Morlon de m’avoir permis de consulter et de photographier le dossier sur le moulin de Luanges établi par sa mère Mme Catherine Morlon, cela au moulin de Luanges. Les copies de photo que j’utilise viennent de ce dossier.

Communes desservies par l’Heuillon
Balleray

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  Champaudon : avant 1361 (en 1809 : Champaudon d’en Haut et Champaudon d’en Bas) ;  Sauvage : haut-fourneau 1616 transformé en moulin en 1848. Peu avant 1820 : un bocard.

Aux Archives Départementales, les dossiers 2 G 36 et 38 indiquent un moulin à Champaudon avant 1361. Il faisait partie d’un grand domaine possédé par le chapitre de la cathédrale de Nevers.

En 1667 : Nicolas de Lange fait un procès à François Serrurier, meunier demeurant au moulin de Champaudon (B58 tome 1 des Archives Départementales). En 1669 : c’est l’abbaye St-Martin de Nevers qui le poursuit en justice  (B 247).

En 1750, le dossier B 326 indique Antoine Tricot meunier à Champaudon, demeurant au moulin (donc celui-ci comprend une maison d’habitation).

Sur le site de Sauvage, créée en 1616, une assez belle usine travailla le fer jusqu’à la crise des années 1850. Ses grandes roues ont fait marcher une soufflerie à pistons, des martinets, un bocard et un moulin à sable (pulvérisant le laitier pour en faire une sorte de sable). 

Ancien hait-fourneau puis moulin Sauvage
Au XIXème siècle

Le dossier S4131 des Archives Départementales montre qu’en 1813 le fourneau de Sauvage a une roue, et sur son déversoir de trop-plein un bocard à laitier. Le dossier 3P 22/2 indique à une date inconnue un bocard estimé 300 F, un fourneau 3150, deux moulins 600 et 500. 

En 1820 : 

. Les héritiers Bethume possèdent le fourneau revenu fiscal net 3150 ;

. Edme Tricot domicilié à Champaudon, détient le moulin plan 66 et sa maison plan 67 revenu fiscal net 500 (dotés de 4 portes et  fenêtres) ; 

. Jean Tricot, domicilié à Montigny, a le groupe maison et moulin numéros de plan 85 et 86, revenu fiscal net 600 F (dotés 3 portes et fenêtres).

Vers 1848, le haut-fourneau de Sauvage est converti en moulin à grain ; il le demeurera jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, selon La Nièvre Royaume des Forges.

Le préfet délivre deux arrêtés portant règlement d’eau pour les moulins suivants (Archives Départementales, S2280) : 

– En 1854, le 15 juillet, « Moulin de Champaudon », ou « du Grand Champaudon », à M. François Tricot (les voisins lui reprochent qu’en cas de hautes eaux son bief coupe le chemin vicinal). Il a une seule roue.

– Le 15 décembre 1864 le « Moulin du Petit Champaudon », « qui existait depuis 40 ans », à M. Ponceau Germain.

Plan des deux Champaudon
Plan du Grand Moulin de Champaudon
Plan du Petit Moulin de Champaudon

Le Journal de la Nièvre contient quelques articles ou annonces concernant le moulin de Champaudon :

-En 1872, M. Perrin meunier de Champaudon, est victime d’une tentative de cambriolage ; les voleurs entrent en cassant un carreau, ils fouillent les meubles… Mais pour un butin somptueux : 3,50 F.  

– 1878 et 1890 : à affermer le moulin de Champaudon, 2 paires de meules (à nouveau à affermer en 1890).

– 1886 et 1888 à vendre moulin de Champaudon.

Le dossier 2P 29 des Archives Départementales indique en  1881 :

– Jean Bouteau meunier au Petit Champaudon, « exploitant de moulin à farine », 1 paire de meules, plus une « chômant ». Il paiera 131,4 F d’impôts.

– Pierre Bouteau au Grand Champaudon,également « exploitant d’un moulin à farine », mais équipé de deux paires de meules « chômant » ; il doit au fisc 89,54 F.

– Ferrand Pierre, domicilié à Limanton, représenté par Pierre Pautre à Sauvage, « exploite » un « moulin à broyer » (le laitier de l’ancienne forge, qu’on peut utiliser dans les murs, les berges de canaux, les soubassements des routes…), équipé de 2 pilons : doit, 27,74 F.

Mais un autre document indique Antoine Bouteau et Jean Bouteau gendre Machecourt, meuniers à Champaudon, devant respectivement 18,91 et 22,38 F.

1890 : Adolphe Roux, exploitant de farine disposant d’une paire de meules plus 2 chômant, paye 59,76 d’impôts. Mais Jean Bouteau Machecourt et Pierre Bouteau meuniers l’un au Petit Champaudon et l’autre « à Champaudon » ne versent que des impôts dérisoires 7,93 et 5,35.

A une date imprécise dans la même période, Jean Bouteau meunier à Champaudon a une voiture à 4 roues mue par un animal, et Antoine Bouteau meunier à Champaudon 1 voiture à 4 roues et 1 à 2 roues avec 2 animaux de trait. Apparait Jean Cocard, meunier aux Quatre Pavillons, qui doit 4,30 F.

Les dossiers de la série M relatifs à la situation industrielle et commerciale dans l’arrondissement de Nevers indiquent à Balleray de 1884 à 1892 2 moulins employant de 2 à 6 ouvriers suivant les périodes, rémunérés de 1,25 à 3,50 F par journée de travail dont la durée varie de 10 à 14 heures.

Au XXème siècle

Dans la presse locale, en 1903 : à vendre matériel du moulin de Champaudon, composé de « 3 paires de meules, dont deux de premier choix, 2 bluteries, 3 trémies, une chaîne à godets, courroies de transmission, rouet de fosse en fonte garni de ses alluchons, poulies, engrenages, moufles et divers accessoires, arbre de couche et roue hydraulique ». Donc un moulin qui a été assez important, mais son propriétaire n’a pas fait le choix des cylindres, d’où sûrement une insuffisance dans la productivité. Le candidat acheteur doit s’adresser à M. Gaudry, qui habite Champaudon.

Le dossier 2P29 des Archives Départementales n’indique plus à Balleray qu’un moulin tenu par Jean Cochard, meunier à Sauvage, Jean Bouteau Machecourt étant « meunier à Champaudon » mais sans payer d’impôts (ce dernier apparaît jusqu’en 1927).

1908 : Jean Cochard gendre Frebault, revenu fiscal net 718,50 en 1908, 712 en 1909. 

1912 :Jean Cocard meunier à Sauvage 675.

1917 : Cocard Jean 695 F.

1922 : Jean Cocard meunier à Sauvage 675 F, puis 1 321 en 1926.

1927 Jean Cocard 1 321F, puis 1029 en 1929.

1931 . Jean Cocard 1 021, puis Emile Cocard en 1933. « Exploitant de

moulin », plusieurs paires de meules dont certaines chômant ; il dispose d’un broyeur à laitier.

1936 : Emile Cocard  puis en 1939, la Veuve Cocard née Reviriau, même somme 1 226.

1938 : l’Annuaire indique à Balleray le moulin Cochard.

Le 29 avril 1992, La Montagne publie un bel article : « Autre temps : Et pourtant elle tourne ». Il annonce que Mme et M. Lafranchise, propriétaires de l’ancien moulin de Champaudon, y étrennent la toute nouvelle roue qu’ils viennent d’y faire installer. « On aime les belles choses » dit Mme Lafranchise. Le fait est : la roue est magnifique, comme en atteste la photo accompagnant l’article. Il s’agit d’une roue à aubes recevant l’eau à hauteur de l’axe. Elle est l’oeuvre du menuisier-charpentier de Guérigny M. Raymond Siguret.

Moulin de Champaudon
St Martin d’Heuille

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  molendinum de Dorez 1370 ; Deuille 1441 (Bas d‘Heuille) ; Crot Mornet 1441 ; Gué d’Heuillon : forge milieu XVe ; Les Quatre Pavillons : forge XVIe siècle (moulin créé en 1711). Moulin Mangueron 1549. Moulin d’Armure avant 1620. Grande et petite forges, 1809.

Catherine Audin a trouvé dans Gallica la mention d’un bail à bordelage (une forme du servage) de 1549 concernant « le moulin et chaussée appelé le moulin Mangueran », consenti par Anne de Jaucourt dame des Bordes, veuve de François de la Platière, seigneur des lieux donc des Bordes ; j’émets donc l’hypothèse que ce moulin se trouvait sous le château des Bordes, sur la Nièvre.

Le moulin des Quatre Pavillons est créé en 1711, sans doute résultant de la transformation de l’ancienne forge du XVIe siècle. Mais il se remet à travailler le fer.

Le dossier 1 Q 1117 des Archives Départementales montre que Carpentier de Changy est en 1789 propriétaire des Quatre Pavillons, dont la forge, louée à la direction des forges de la Marine par bail annuel de 2800 livres.


Au XIXème siècle jusqu’en 1880

Au début du XIXe siècle, St-Martin dispose de trois forges au moins, une aux Quatre Pavillons, employant 4 ouvriers en 1809, et deux au Gué d’Heuillon, la Grande et la Petite Forge, toutes deux alimentées par le grand étang du Gué d’Heuillon (S4162 des Archives Départementales).

En 1831 sont annoncées à vendre par la presse de la Nièvre trois usines de la vallée de la Nièvre, dont à  St-Martin d‘Heuille celle du Gué d’Heuillon, laquelle est alimentée par un étang de 6,24 ha. En 1844 elle est décrite comme disposant entre autres de « deux marteaux à drôme et un martinet ». Le dossier 3 O 5 des Archives communales conservées aux Archives Départementales montre qu’à à la fin de sa carrière la forge a 3 roues.


Plan de la Forge du Gué d’Heuillon vers 1840 – Archives communales série O

M. de Maizière transforme en 1846 la forge du Gué d’Heuillon en moulin à blé, battoir à écorce et huilerie (Archives Départementales S4162).

 En 1850, Le Journal de la Nièvre contient une publicité pour les moulins du Gué d’Heuillon. Il annonce à vendre en 1859 et à affermer en 1854 et 1865 le moulin du Gué d’Heuillon, comprenant une maison de maître et le moulin lui-même équipé de 4 paires de meules ; en 1859, il est mis à prix 30 000 F, le fermage étant fixé à 3 500 F net, ce qui est remarquable. Le Journal de la Nièvre annonce à affermer le moulin du Gué d’Heuillon en 1875 avec 4 paires de meules

Le moulin du Gué d’Heuillon fait l’objet de l’arrêté préfectoral portant règlement d’eau du 8 septembre 1865. En 1868, M. de Maizière demeurant propriétaire, le moulin est affermé aux époux Mercier. Des travaux se sont avéré nécessaires, qu’ont fait exécuter les Mercier. Mais leur coût fait discuter s’il leur incombe de les financer plutôt qu’au propriétaire ; en outre, les Mercier affirment que ces travaux, pendant lesquels le moulin a chômé, entraînant pour eux perte de recette, ont duré 2 mois, alors que le propriétaire soutient qu’ils n’ont pas excédé 11 jours. Le désaccord est tel que le tribunal est saisi par les Mercier ; le juge estime cependant qu’ils ne démontrent pas que le chômage ait duré un nombre de jours leur portant préjudice, donc les déboute. (Archives Départementales, dossier 3U5/425).

La forge des Quatre Pavillons fait l’objet d’une ordonnance royale portant règlement d’eau le 19 novembre 1844 (Archives Départementales S 2319); elle appartient alors à Duverne de Mazancy, puis passe à Degain.

En 1852 Le Journal de la Nièvre annonce à affermer le moulin des Quatre Pavillons, en précisant qu’il est équipé de 3 paires de meules montées à l’anglaise. Le 21  mai 1853, le quotidien propose pour 300 000 F la vente de plusieurs usines, dont le moulin des Quatre Pavillons qu’il décrit longuement : 

« Un moulin, un des plus beaux de la Nièvre, est monté à l’anglaise ; il a quatre étages et est de construction entièrement neuve, soit comme mécanisme, soit comme bâtiment.

Rez-de-Chaussée

Dans la vaste pièce, dont le sol est en planches de sapin, au centre, est le mécanisme principal composé d’une rotonde en pierre, entourée d’un récipient en sapin, qui, tournant autour de la rotonde, conduit la boulange dans la chaîne à godets ; au-dessus de la rotonde en pierre est un beffroy en fonte, soutenu par trois colonnes en fonte ; au milieu de ces trois colonnes sont,  garnis de sacs en cuivre, trois arbres ou pieds de fer des trois paires de meules situées à l’étage supérieur.

Le mécanisme principal est mû extérieurement par une grande roue à auges de quatre mètres de diamètre et de trois mètres de largeur. A l’extrémité de l(‘arbre de la roue est adapté un engrenage dit rouet de fosse, faisant mouvoir une autre roue appelée pignon, mettant en mouvement l’arbre du rouet cône, qui lui-même meut par un pignon conique l’arbre principal, auquel est adaptée la couronne qui commande les trois pignons des meules. 

Au fond de la pièce à gauche est l’engrenage à l’aide duquel on amène sur la roue à auges la quantité d’eau plus ou moins grande que l’on désire.

Au plancher du fond sont adaptés les tuyaux de la bluterie supérieure, destinés à mettre en sac les gruaux.

Dans l’angle droit deux chaînes à godets remontent l’une le son, l’autre la farine au premier étage.

En entrant, à droite et à gauche de la pièce, sont deux petites chambres, dont l’une peut servir de bureau, l’autre est la chambre du nettoyage, au plancher de laquelle sont deux ventilateurs.

Un escalier avec rampe conduit aux trois étages supérieurs.

Premier étage

En entrant à gauche est la chambre de nettoyage. » On y remarque un crible sasseur, un cylindre vertical… « Au centre de la pièce sont les trois paires de meules… Le grain est amené sur les meules par trois tuyaux en cuivre adaptés à un boisseau commun situé au second étage.

A gauche des meules, et fixé au mur, est un appareil indicateur servant à régler la marche uniforme de la vitesse.

Au fond est une bluterie double, mue par des courroies : l’une pour la boulange, l’autre pour la farine…

Au fond sont 8 tuyaux diviseurs, pour les gros sons, petits sons, recoupes fines et gros gruaux. A droite est un empochoir. A gauche des paires de meules sont encore 8 tuyaux diviseurs, dits moyenne bluterie.

Deuxième étage 

A gauche est la chaîne à godets du nettoyage du premier étage, et qui remonte la rarine au troisième, d’où elle redescend par une vis sans fin au centre du boisseau commun aux trois paires de meules.

En face est le boisseau sale ; à côté une bluterie à gruau, au fond une chambre à râteau et une bluterie fine, à droite est la chambre à farine.

Troisième étage 

A gauche un crible et un mouilleur

Au fond une vis sans fin communiquant à une chaîne à godets

Au centre est un mécanisme destiné à monter les sacs à tous les étages qu’il traverse, au moyen de portes mobiles à bascules. »

« A gauche du bâtiment du moulin est un petit corps de bâtiment carré où existait autrefois l’ancien moulin ordinaire, et où sont encore les accessoires de l’ancien mécanisme démonté ».

L’établissement des Quatre-Pavillons est en 1860 un moulin à blé et à plâtre  (ref : La Nièvre royaume des forges ).

Le dossier des Archives Départementales 3E63/313 notaire Thuret montre qu’en 1862 le moulin appartient à « Louis marquis de Gain » ; il s’agit du contrat de bail par lequel le marquis loue le moulin à M. Claude François Choulot ; le moulin compte 3 paires de meules et un logement pour le meunier, plus quelques petites annexes comme 2 écuries. Le locataire s’engage à fournir au bailleur chaque année une importante quantité de foin, bottelé. Le montant du fermage est de 2 000 F par an, que le preneur doit régler au bailleur en son château en 2 fois. Curiosité : au moment de signer, M. Choulot est domicilié à l’Hôtel du Paon, à Nevers ; on peut supposer que ce meunier venait de perdre la place qu’il occupait précédemment, et qu’en attendant il s’était logé dans cet hôtel (un fameux établissement, au demeurant, qui était situé rue de la Barre).

Le Journal de la Nièvre annonce à vendre en 1869 le château et le moulin des Quatre Pavillons :  monté à l’anglaise,  il a 3 paires de meules, un « cylindre », bluterie et crible, une grande roue alimentée par les eaux des fontaines d’Ariau et de Balleray. Le meunier Morizot habite la « maison du meunier », autrefois celle des domaines des Quatre-Pavillons, « bâtie à chaux et sable et située près du moulin, comprenant un rez-de-chaussée composée de deux chambres, cage d’escalier, cave dessous ; un premier étage composé aussi de deux chambres, grenier sur le tout. » Un autre petit bâtiment contient l’ancien moulin.

Sr Martin d’Heuille Forges 4 Pavillon
A partir de 1880

1881 : Pierre Bernard est meunier aux Quatre Pavillons. (2p 569)

Un terrible accident a lieu au moulin des Quatre Pavillons en 1883 : « Le 1er janvier, le nommé François Alexandre, âgé de 23 ans, garçon meunier… a été saisi par une courroie et a eu le bras et la jambe gauche broyés ; son patron, M. Bernard, entendant ses cris, arrêta net le moulin et put retirer le malheureux, qui aurait été infailliblement broyé dans les engrenages. Il a été transporté par ses soins à l’hospice de Nevers. » (Journal de la Nièvre)

Le Journal de la Nièvre annonce à affermer le moulin du Gué d’Heuillon, en 1881 et 1886, avec seulement 3 paires de meules contre 4 en 1875.. 

En 1883-84, le moulin du Gué d’Heuillon semble menacé mais son propriétaire M. Mercier obtient de le maintenir en activité.

Ce moulin apparaît en 1884 possédé par la vve Mercier  (S2319).

Selon les dossiers  M6318 et 21 des Archives Départementales,, en 1884 et 1885 St-Martin dispose de 2 moulins à blé employant 6 ouvriers, dont les salaires varient de 2,5 à 4F en 1884, de 3 à 3,5 l’an suivant. Le 6343 indique pour 1888 3 ouvriers seulement payés de 2,5 à 2,75 F par journée de 12 heures.

En 1889, le moulin du Gué d’Heuillon connaît à son tour une tragédie : la mère du meunier, asthmatique, ouvre la fenêtre en pleine nuit pour mieux respirer. Mais elle se penche trop, elle tombe dans le bief et s’y noie. Le moulin cesse quelques temps de travailler le blé, pour œuvrer plutôt la chaux, toutefois sans réussite puisqu’en 1901 tout son matériel est annoncé à vendre par la presse locale : machine à vapeur, broyeur, voitures, meules, bluterie, divers instrument, et « matériaux provenant de la démolition des bâtiments ». 

          1890 : Cocard Jean Frébault meunier aux Quatre Pavillons, paye 16,68 F d’impôts, disposant d’une voiture à 4 roues, avec un seul animal de trait. Philippe Mercier meunier au Gué d’Heuillon, paye 296 francs d’impôts, cet écart impliquant qu’il est propriétaire, Il dispose d’une voiture à 4 roues, 2 à 2 roues, 2 animaux de trait  (2P 569)

Au XXème siècle

1908 : Philippe Mercier meunier au Gué d’Heuillon a pour revenu fiscal net sur le bâti 1 177,50 F. Il semble mourir cette année-là, son successeur étant Philippe Mercier, sans doute son fils. En 1912 et 1917 Philippe Mercier demeure  meunier au Gué d’Heuillon, avec 847,50 F de revenu fiscal net. Mais 187,50 F. en 1981 et 1922.

En 1922 : Henri Paul Antoine Balleret « agriculteur » aux Quatre Pavillons, a pour revenu fiscal net 11 892 F, puis 2 625 en 1925, puis 3 906 en 1926, plus revenus sur le non-bâti. ( Archives Départementales 2P 569)

Pour 1925, le dossier statistique des Archives communales 3 O 4 conservé aux Archives Départementales indique que le moulin du Gué d’Heuillon et l’usine des Quatre Pavillons (laquelle est une scierie), sont possédés ou gérés tous deux par Henri Balleret. La hauteur de chute d’eau est de 3,50 m pour le moulin et 5,60 m à la scierie.

1927 : Henri Paul Antoine Balleret « agriculteur », aux Quatre Pavillons, continue de percevoir le revenu fiscal net de 3 906 F, plus des revenus sur le non-bâti. Philippe Mercier meunier au Gué d’Heuillon ne perçoit plus que 38,75 F. (2P 569)

L’Annuaire de 1930 précise que la scierie des Quatre Pavillons est  hydraulique, électrique et à vapeur. 1931 :Henri Paul Antoine Balleret « agriculteur », aux Quatre Pavillons a toujours  3 906, puis sa veuve et ses héritiers, en 1933, 4 911 F.  (2P 569)

1937 : Les Quatre Pavillons sont à une société qui l’exploite en tant que scierie. 

Le site des Quatre Pavillons a continué une activité commerciale pendant longtemps, grâce à ses turbines. Plusieurs années restaurant, il fait désormais « chambre d’hôtes ».

Ancien Moulin des Quatre Pavillons
Les communes desservies par La Grippe
Ourouër

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  Chassy (Dorguillioux) 1339 ; La Place 1602 ; 2 moulins à La Chaume en 1840. Huilerie Thomas Bouteau aux Meures en 1890. Huilerie Gautherot 1905

On a trouvé à Ourouër des meules préhistoriques (Annales des Pays Nvernais n° 56).

Le dossier 13 F 31 des Archives Départementales contient un document relatif au moulin de Pouly ou de la Place en 1602. Le 3P 204/2 indique en fonctionnement à Ourouër en 1819 le moulin de Chassy, aux héritiers François Fleury, et La Place, à Laurent Frébault, le premier fiscalement classé 120, le second 80.

Dans la série M, le dossier statistique des moulins de 1840 indique à Ourouër 2 « moulins de La Chaume » mais la carte actuelle ne porte pas ce nom de lieu-dit. On peut toutefois penser que le moulin de La Place est un des deux.

Fiche d’enquête Ourouër 1935

En 1861 le Journal de la Nièvre annonce à vendre suite saisie le moulin de la Place pour le 4 novembre : « Un corps de bâtiment construit en pierres, chaux et sable, et couvert en tuiles, ayant environ 14 m de largeur, comprenant 2 chambres, dont l’une à feu, l’autre sans cheminée, grenier dessus, moulin à eau et à blé, garni de tous ses agrès et ayant une paire de meules… la chambre à feu a son entrée au midi par une porte pleine surmontée d’une imposte à trois carreaux… Ce moulin a un déchargeoir et une vanne ». Il y a un autre bâtiment comprenant grange et écurie, ainsi que de nombreuses terres, une chènevière et un jardin. Même texte en 1863.

Selon le dossier 2P 492 des Archives Départementales, en 1881, Louis Frébault est défini comme « meunier à La Place », mais son revenu est seulement de 19,66 et il ne paye en taxes que 3,94. J’en déduis qu’il est exploitant mais non propriétaire, le moulin étant de surcroît modeste. Rien n’indique que le moulin de Chassy existe encore à cette date.

Le même dossier indique pour 1890 : Thomas Bouteau fabricant d’huile aux Meures, disposant d’une voiture à 4 roues et 1 animal de trait, et payant 7,93 F d’impôts. Alain Jacob exploite le moulin de La Place, une voiture à 2 roues, un animal de trait, 5,30 F. d’impôts.

En 1884, le dossier M6318 des Archives Départementales indique qu’Ourouër ne dispose que d’un moulin employant 2 ouvriers.

.Un fait divers de 1905 nous apprend l’existence d’un M. Gautherot, huilier à Ourouër : sans doute venu livrer à Nevers, voici que son cheval prend peur, s’emballe. M. Gautherot saute à terre pour essayer de le saisir par la bride, mais il est renversé et le cheval s’enfuit, toutefois avec la bonne idée d’aller chez les gendarmes, qui parviennent à le maîtriser  (Journal de la Nièvre, 3 octobre).

Retour au 2P492 ; 1908 et 1912 : Louis Franc est meunier à La Place, mais d’un revenu dérisoire. Cherchant le Gautherot du fait divers ci-dessus, je ne note qu’un Louis Gautherot, propriétaire de non bâti, domicilié à Balleray, et un autre « journalier ». 1917 : idem, sauf que Louis Franc est barré dès cette année-là. Ensuite je ne trouve plus de meunier ni de Gautherot.

Montigny aux Amognes

Liste des moulins connus de nous, avec la date la plus ancienne d’existence trouvée :  moulin de Sénechaux 1302 ; moulin de la forge des Sénéchaux 1399 ; Meulot-Croix 1410 ; Les Verniers 1563 ; Vallois avant 1802. Boccard de Meulot 1837 (puis moulin).

Selon le dossier S2861 des Archives Départementales, concernant l’an X de la Révolution (donc 1802), « Il y a eu un gué dans la commune où il exista jadis un moulin et huilerie appelé Moulin Vallois ». En fait il semble avoir été reconstruit et fonctionné vers 1810. Mais il n’apparaît pas dans les documents cadastraux de 1821. Peut-être est-ce le Chétif Moulin qui va laisser son nom à un secteur de Montigny (que je noterai en 1908 dans les documents cadastraux).

A cette date 1821, Carroyon d’Etillères possède le fourneau (revenu fiscal net 1000. Il y a un bocard de revenu 250 (3P176/2).

Plan du fourneau avec « boccard »

Le même dossier S2861 indique ce « fourneau » à fer important, avec  « boccard » (moulin à pulvériser le résidu de la fonte du fer), à Meulot, appartenant au comte d’Osmont (1837-43). Après quelques années d’arrêt, il envisage de le relancer en 1861-62, mais renonce.

Selon le 2P 280, la duchesse de Maille est en 1881 « exploitant de moulin à pulvériser le sable », avec 3 pilons, valeur locative 440, impôts dus 27,05. Mais un autre document indique comme revenu fiscal net 602,58 F. Celui-ci évolue ainsi : 300 en 1890, 0 en 1908, 150 en 1912, O en 1917. Curiosité : en 1898, Le Journal de la Nièvre annonce que le moulin de Meulot est à affermer.

Autre étrangeté : en 1922 apparaît Roger Barreau « minotier à Pont-Saint-Ours », qui perçoit comme revenu fiscal net 33,75 F sur du bâti, qu’il porte à 135 en 1925, somme notée jusqu’en 1939. Il me semble pouvoir supposer que le petit moulin de Meulot a été utilisé comme annexe du grand moulin de Pont-St-Ours, par exemple pour moudre les céréales secondaires.